Vie au travail: gare à l’effet Zeigarnik

Vie au travail: gare à l’effet Zeigarnik
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Vous menez au travail un projet qui demande des mois d’efforts et vous ne cessez d’y penser, même le soir. Votre sommeil est ainsi plus perturbé que celui du vendeur de chaussures, qui peut « décrocher » plus facilement une fois la journée terminée. La raison? L’effet Zeigarnik.

La psychologue Bluma Zeigarnik a fait une étonnante découverte il y a longtemps, en 1927 : on se souvient deux fois mieux d’une tâche inachevée que d’une tâche terminée. Pourquoi? « C’est la mémoire prospective qui travaille. Quand on mène une action, on s’attend à ce qu’il y ait une conclusion. Si on est interrompu en plein milieu, l’action continue à rouler dans notre tête parce qu’elle n’est pas complétée, elle n’a pas changé de “case” », explique la professeure titulaire du Département de psychologie de l’UQAM Isabelle Rouleau.

Cette capacité cognitive permet de jongler avec plusieurs tâches à la fois, mais si on ne réussit pas à « déconnecter » de nos tâches en suspens, celles-ci peuvent créer de l’anxiété.

« Si tu as une tâche non finie, tu peux vivre avec ça, mais si tu en as 40 en simultané toute ta vie, c’est là que tu te sens dépassé », dit Isabelle Rouleau.

Une personne dont l’emploi implique des objectifs à moyen et long terme peut donc avoir plus de difficulté à se détacher de son emploi qu’un travailleur qui accomplit une tâche manuelle ou qui ne peut travailler de la maison. Pour la première, il est toujours tentant d’ouvrir son ordinateur le soir, juste pour apaiser le hamster dans sa tête… Dans les cas les plus sévères, les personnes pour qui il est difficile de gérer ce stress pourraient glisser vers la dépression.

Prioriser

C’est pourquoi la professeure Isabelle Rouleau recommande de dresser des listes et de cocher les tâches effectuées, afin de voir la progression. Si le projet est de longue haleine, cela permet de le découper en petites étapes plus facilement atteignables et procure un encouragement à chaque tâche biffée.

« Les listes, c’est pour éviter d’avoir tout dans la tête en même temps et de se sentir dépassé. On classifie et on priorise. C’est à la portée de tous, mais il faut être systématique », affirme la professeure.

Prendre des pauses volontairement permet aussi de recharger ses batteries et de ressentir moins de frustration lorsqu’une tâche est interrompue, par les enfants qui crient ou par un appel téléphonique, par exemple.

Gérer l’anxiété

Les personnes qui ne peuvent s’empêcher de penser à leur travail une fois rentrées devraient s’imposer des limites et établir des règles. Par exemple, ne prendre aucun courriel et éteindre cellulaire et ordinateur après 19 h. Faire savoir à leurs collègues qu’elles ne sont pas joignables à ce moment, mais qu’elles seront entièrement disponibles pendant les heures de travail. Cela permet d’éviter d’être influencé par les collègues qui, eux, n’arrivent pas à décrocher

Édité le 9 février 2018

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