VIA Rail voit grand!

VIA Rail voit grand!
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Rencontre avec son PDG, Yves Desjardins-Siciliano, qui œuvre depuis son entrée en poste en mai 2014 à transformer la culture d’entreprise du transporteur, avec des résultats impressionnants. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin!

Martin Lavigne (ML) : Sans jeu de mots, VIA Rail est actuellement sur une bonne voie!
Effectivement, depuis 2014, nos revenus ont crû ainsi que notre achalandage. C’est la première fois dans l’histoire de la compagnie que la croissance se poursuit pendant une aussi longue période.

Éric Bujold (ÉB) : Et quel est le secret de ce succès?
Ces dernières années, nous avons beaucoup travaillé sur la culture de l’entreprise. Nous voulons donner un sens au travail de nos employés : celui de penser d’abord au bien-être du client. Les effets positifs de cette approche se manifestent non seulement dans nos résultats commerciaux, mais aussi dans nos résultats internes. En deux ans, la mobilisation des employés a augmenté de 11 %. Les employés mettent la main à la pâte. Quand je parle aux passagers, tous soulignent la qualité du service à bord, au téléphone ou à la gare. C’est ce qui fait que les clients pardonnent notre manque de ponctualité et notre vieil équipement, deux éléments indépendants de notre volonté.

Par ailleurs, la population canadienne vieillit et les gens préfèrent se faire conduire. La population plus jeune nous aide aussi. D’une part, les moins de 25 ans ont une conscience environnementale développée. D’autre part, pour eux, la liberté, c’est de rester branchés à leurs amis, ce qui est incompatible avec la conduite automobile.

(ML) Vous avez déclaré : « Nous allons faire de VIA Rail un leader du marketing. »  Que vouliez-vous dire exactement?
Pour convaincre les Canadiens de choisir le train, nous devons nous adresser à leur tête et à leur cœur. Nous faisons du transport, mais nous sommes avant tout une entreprise de marketing. Parce qu’il faut s’assurer que les Canadiens sont au courant de notre existence — beaucoup de gens ne connaissent pas VIA Rail— et de notre pertinence. J’ai confiance, car nous développons actuellement le savoir-faire pour y arriver. Il y aura des ratés en cours de route mais, dans la mesure où nous apprenons de ces expériences, on y arrivera.

(ML) Plutôt que de parler de « train à grande vitesse » (TGV), vous proposez un « train à grande fréquence » (TGF). Quelle est la différence entre les deux?
La principale raison pour laquelle les gens ne prennent pas le train, c’est parce qu’il ne passe pas assez souvent. La fréquence, c’est le nerf de la guerre. Ensuite, on pourra penser à augmenter les vitesses.

(EB) Et pour augmenter la fréquence, il faut que vous déteniez vos rails…
Exact. Il faut commencer par séparer l’infrastructure de marchandises de l’infrastructure de passagers, car elles sont conçues pour des besoins différents. L’infrastructure de marchandises doit avoir une capacité portante supérieure, et comme les trains roulent à basse vitesse, ils peuvent prendre des courbes plus aiguës. L’infrastructure de passagers, quant à elle, doit être dessinée de façon à rouler à plus grande vitesse et de façon plus confortable. Ce sont des besoins difficilement compatibles.

Notre projet, c’est donc de construire un chemin de fer fait pour la vitesse maximale actuelle des trains de passagers, soit près de 180 km/h. Présentement, nos trains roulent en moyenne à 100 km/h, parce qu’on est sur un chemin de fer de marchandises…

Sur un chemin de fer conçu pour les trains de passagers, on pourra rouler à pleine vitesse et augmenter la fréquence de passage. Cela permettrait de lever la première opposition au train, en plus de doubler — ou presque — la vitesse de nos trains.

 (EB) On sent que vous êtes passionné! Comment cela se traduit-il dans votre style de gestion?
Diriger VIA Rail est passionnant, car je suis entouré de gens intelligents et ambitieux! Il faut dire aussi que j’ai un caractère enflammé. J’insuffle à l’entreprise mon intensité, ma capacité d’émerveillement et ma gratitude envers la vie. Je pense communiquer cet état d’esprit aux employés. Je sens que ma principale tâche, en tant que PDG, c’est de donner un sens à la vie des gens qui nous ont confié leur carrière.

(EB) Vous êtes le PDG d’une entreprise qui a un seul actionnaire : le gouvernement. Faut-il un talent particulier pour diriger une telle entreprise?
J’ai toujours travaillé dans des environnements commerciaux, et les entreprises ont toutes une conscience sociale. Ici, il y a des objectifs commerciaux et sociaux, mais l’entreprise existe aussi pour des raisons de politiques publiques :  le transport intercité, l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite, la liaison des régions aux centres urbains, le bilinguisme, la protection de l’environnement et bien d’autres. Le défi, c’est de concilier tout ça, et c’est ce que je trouve stimulant.

(ML) Le Canada célèbre cette année ses 150 ans. Quel rôle compte jouer VIA Rail dans ces célébrations?
D’abord, nous soutenons des événements qui soulignent le 150e en offrant des billets de train pour transporter les artistes, les participants ou le public vers ces événements. Nous avons aussi créé le Service pancanadien, qui permet aux Canadiens de combiner certains de nos services pour découvrir le Canada au cours de 2017. Finalement, vous verrez passer dans le paysage canadien des voitures et des locomotives de VIA Rail aux couleurs du 150 e. Nos gares sont aussi décorées avec des éléments visuels du 150e.

(EB) À la fin de votre mandat, en 2019, quelles sont les réalisations dont vous serez le plus fier?
Il y en a deux. La première est quantifiable. Lors de mon arrivée comme PDG, le pourcentage d’employés démobilisés était de 33 %. Mon objectif est qu’il soit à moins de 10 % quand je partirai.
La seconde, c’est le souvenir des gens qui m’entourent ici. Quand je fais le bilan de mes 35 ans de carrière, ce que je retiens surtout, ce sont les femmes et les hommes avec qui j’ai travaillé et qui ont ensuite continué à grandir. J’ai le sentiment d’avoir été témoin de ça ou même parfois d’y avoir contribué…

C’est dans le cadre d’une série d’entrevues portant sur la réussite de dirigeants d’entreprises d’ici que Martin Lavigne, Président de Financière Banque Nationale Gestion de patrimoine et Éric Bujold, Président de Banque Nationale Gestion privée 1859 ont eu la chance de s’entretenir avec Yves Desjardins-Siciliano, PDG de VIA Rail.

Édité le 14 août 2017

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