Tout quitter pour vivre de la terre : de l’odeur d’asphalte au parfum des bleuets

Tout quitter pour vivre de la terre : de l’odeur d’asphalte au parfum des bleuets
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Qui n’a pas déjà rêvé de tout lâcher pour s’installer à la campagne, faire pousser des légumes biologiques ou s’acheter des chèvres et apprendre à fabriquer du fromage? Certains osent passer à l’action. Une aventure certes stimulante, mais parsemée de défis. Voici quelques pistes pour aider à les surmonter, et qui sait, peut-être vous convaincre de faire le grand saut.

Sentir l’appel du grand air

Etienne Boulay, administrateur de l’entreprise de traduction familiale, pensait depuis environ 10 ans à se rapprocher de la terre. Mais, il avait peur. En 2009, il sentait déjà poindre des élans de la crise de la quarantaine.

Au printemps, il est sorti de sa maison pour prendre l’air et une vive odeur d’asphalte lui est montée au nez. « Ça n’a pas de bon sens, l’humain est plutôt fait pour sentir la terre », a-t-il pensé.

Alors qu’il voulait démarrer depuis longtemps son projet d’entreprise, c’est à ce moment qu’il a décidé de passer à l’action.

Gérer la vente et l’achat de sa maison

Une fois qu’Etienne et sa conjointe ont décidé d’aller de l’avant, les choses se sont bousculées. Leur maison était à vendre depuis longtemps. Le hasard faisant bien les choses, une offre d’achat intéressante est présentée quasi simultanément. Ils se sont empressés de l’accepter et de célébrer le déclenchement réel du projet.

« On a entreposé nos meubles et on est retournés vivre, avec nos trois enfants, chez nos parents le temps de se virer de bord. » Rapidement, ils ont acheté une terre et construit leur maison, achetée en ensemble prêt-à-monter.

La maison était en fait la première étape de leur plan d’affaires. Et ce plan, il devait être bien réfléchi.

«On ne pouvait pas avoir de financement parce que nous n’avions pas d’argent, raconte Etienne. Nous avons réinvesti dans notre projet tout ce qu’a rapporté la vente de notre maison. La maison en kit a été construite à une extrémité du terrain pour pouvoir la revendre avec profit. Ce sera notre tremplin financier pour notre prochaine maison qui sera adaptée aux besoins de notre projet, avec notamment, une cuisine commerciale.»

Multiplier ses sources de revenus

Etienne et sa conjointe ont toujours continué à travailler dans leur domaine en menant de front le projet de bleuetière.

«Nous y arrivons parce que nous travaillons de la maison, explique Etienne. J’ai tout de même convenu avec mon père et mon frère que ma part financière dans l’entreprise de traduction serait moindre, ce qui venait réduire mon salaire. Mais, nous avons toujours eu une grande capacité à contrôler nos dépenses : les enfants n’ont pas eu des vêtements neufs souvent dans leur vie !»

Selon Patrick Mundler, chercheur à l’Université Laval en agriculture et économie, c’est une bonne idée pour les nouveaux agriculteurs de bénéficier d’une autre source de revenus lorsqu’ils se lancent. Cela aide énormément à traverser l’étape de démarrage.

De plus, alors que leurs revenus étaient encore au maximum, Etienne et sa conjointe ont obtenu des marges de crédit intéressantes. Lorsqu’on commence un projet, les dépenses planifiées – et surprises – sont nombreuses et il faut avoir les reins solides pour que cela n’affecte pas la faisabilité du projet à court terme.

«C’est ainsi que nous avons pu acheter un tracteur, un véhicule tout–terrain, une scie mécanique, un moulin à bois, puis 1 000 plants de bleuets !»

Affronter les caprices de la nature

Pour lancer la Bleuetière des vieilles forges, Etienne et sa famille ont dû tout apprendre des bleuets et de l’agriculture biologique. Un agronome du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), qui a lui-même une bleuetière non biologique, les a aidés énormément.

Rapidement, ils ont réalisé que les mauvaises herbes, qu’il faut arracher une à une, sont un grand défi. Le genre de défi qui vous hante même au milieu de la nuit.

«Je fais des copeaux de bois que j’étends autour des plans pour aider à réduire les mauvaises herbes, mais c’est toujours à recommencer», raconte Etienne.

Influencés par les conditions météorologiques, les insectes causent aussi des surprises chaque année. La drosophile, une abominable mouche à fruits pire que celle qui raffole des vieilles bananes parce qu’elle aime aussi les fruits encore bien verts, a été le défi de 2017. Pour tenter de la déjouer, le couple a acheté quelques filets. Ils se sont avérés très efficaces, mais dispendieux, alors Etienne se demande toujours quel plan de match il adoptera pour les prochaines années. Clairement, l’agriculture est une passion sans repos.

Tout quitter pour vivre de la terre : de l’odeur d’asphalte au parfum des bleuets

Réaliser un modèle d’affaires viable

Depuis 2014, l’année où le couple a installé son kiosque sur le bord de la route pour vendre ses premières récoltes, la production est en croissance et l’autocueillette est populaire.

Les entrepreneurs ont ensuite voulu se démarquer avec des produits transformés distinctifs. Ils ont fabriqué des planches avec le bois récupéré du défrichage de la terre afin de se construire une cabane à sucre. Le sirop d’érable sert dans la fabrication de confitures et de tartes. La recette de leur fameuse tarte aux bleuets à la française, attendue avec impatience en début de saison par les habitués, leur a d’ailleurs été donnée par une cliente.

«Les produits transformés nous permettent de faire une marge de profit intéressante et nous souhaitons investir de nouveaux points de vente lorsque nous aurons une cuisine commerciale», explique Etienne qui a un baccalauréat en administration.

Des rêves de grandeur plein la tête

Malgré tout le chemin parcouru, Etienne et sa famille ont encore en tête l’étape ultime de leur plan d’affaires : construire des chalets dans la forêt pour louer à des gens qui viendraient aussi profiter de l’autocueillette.

«Nous aurons besoin de permis et d’argent à investir, mais si on y arrive, on pourra vraiment vivre de notre terre.»

Édité le 31 août 2017

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