Comment stimuler l’innovation en entreprise

Comment stimuler l’innovation en entreprise
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L’innovation n’est pas réservée aux entreprises des domaines scientifiques ou en émergence. Toutes les compagnies, même celles qui ont le vent dans les voiles, sont contraintes de surprendre le consommateur avec de nouveaux produits pour conserver leur place dans le marché. Un souci constant, qui demande une organisation interne propice à la créativité.

Ubisoft, forcé d’innover pour conserver ses adeptes? Difficile de croire que ce soit une question de survie pour un studio en tête des classements mondiaux des producteurs de jeux vidéo. Et pourtant, c’est un cheval de bataille de la firme. Voici pourquoi et comment elle mène l’innovation tambour battant.

« Il faut se battre en permanence pour accaparer le temps de divertissement du joueur en le surprenant, sinon il va se tourner vers d’autres sources de divertissement », affirme Francis Baillet, vice-président affaires corporatives d’Ubisoft. Pour cela, il faut « prendre des risques, ajoute-t-il. On doit toujours proposer de nouvelles expériences de jeu, exploiter les nouvelles technologies avant même qu’elles soient matures, trouver de nouveaux modes de monétisation, etc. ».

Pour y parvenir, « c’est une question de culture et de structure », estime Francis Baillet. Peu de hiérarchie, beaucoup de responsabilités données aux gestionnaires de projets, multiplication de petites équipes autonomes et attention des dirigeants aux nouvelles idées qui viennent des employés sont les clés du succès d’Ubisoft. « Il faut faire confiance aux équipes, prendre le temps de reconnaître les bonnes idées, valoriser la créativité, le changement et continuer d’avoir la capacité de s’émerveiller », énumère-t-il.

Ubisoft tente aussi de rester agile malgré ses 3 200 employés à Montréal. Le studio  fabrique des prototypes quand une idée qui semble prometteuse surgit et les teste rapidement auprès d’un certain nombre de joueurs habitués. « Il faut accepter l’échec quand on veut innover, déclare le vice-président. Mais il faut échouer le plus vite possible pour changer son fusil d’épaule rapidement et trouver la solution qui nous mène au succès. Plus on aura de prototypes, plus on trouvera de pépites ».

Collaborer avec des chercheurs pour accélérer l’innovation

Mais avant de fabriquer des prototypes, il faut avoir les idées. Ubisoft a mis en place un département qui porte bien son nom : « Fun House »! Le travail de ces employés : rechercher des nouvelles idées. « C’est ainsi qu’est né le concept de monde ouvert qui a fait notre marque de commerce », souligne Francis Baillet. Un concept exploité par la série Assassin’s Creed, qui a été vendue à 100 millions de copies au total.

Tant l’évolution technique des consoles que les nouvelles technologies ouvrent des portes. Ubisoft utilise l’intelligence artificielle et a mis sur pied, en 2013, un centre d’analyse du Big Data afin d’utiliser les données sur ses clients pour améliorer l’expérience de jeu en permanence. « On récolte beaucoup de données avec les jeux en ligne. L’enjeu est de trier et analyser l’information pour y trouver un sens, explique le vice-président.  Ça nous aide, par exemple, à mieux calibrer les personnages. »

Pour aller plus loin, le studio a mis en place « La Forge », l’année dernière. Ce programme permet à Ubisoft de se rapprocher de chercheurs universitaires pour l’aider dans des domaines pointus durant la phase de recherche et développement. Par exemple, un projet mené avec des étudiants a permis de développer des nouveaux procédés pour recréer la façon dont un objet reflète la lumière naturelle. Ceci permet de donner une texture plus réelle aux objets à l’écran.

Prendre en compte d’autres points de vue que le sien

Sortir. Rester ouvert. C’est la clé pour continuer d’innover, croit Jean-François Harvey, professeur adjoint dans le département d’entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal. « Il faut participer à des salons, des foires, rencontrer des gens qui pensent et font les choses différemment, voyager, ne pas lire toujours les mêmes magazines », énumère le professeur.

Car l’innovation est effectivement une obligation. « Les entreprises des milieux dans lesquels les technologies évoluent rapidement, où les marchés sont nouveaux, sont forcées d’innover pour rester pertinentes, observe Jean-François Harvey. Dans les marchés plus traditionnels, les technologies poussent aussi souvent les sociétés plus installées à innover. L’émergence des fintechs dans le milieu financier en est un bon exemple. »

Oser être audacieux

Les petites entreprises sont souvent plus propices à la création, car elles n’ont pas encore de procédures ni de structures lourdes qui pourraient freiner les prises de décision et décourager l’innovation. Mais les grandes entreprises peuvent, évidemment, innover elles aussi. Dans ce cas, certains experts pensent qu’elles ont intérêt à séparer l’exploitation – la production pour la vente qui fait vivre la compagnie- et l’exploration – qui vise l’innovation sans rendement financier à court terme.

Si certaines compagnies ont plus de mal à innover, c’est que souvent, constate l’expert, « le schéma mental des dirigeants est rigide ou trop axé sur les créneaux profitables. C’est comme s’ils avaient des œillères ». Cela les empêche d’anticiper les évolutions et d’aller explorer de nouveaux marchés ou de nouvelles idées.

Transformer l’échec en apprentissage

Le rôle du dirigeant est fondamental dans la capacité de son entreprise à innover. « Il a beaucoup d’influence sur le climat qui règne. Va-t-il chercher seulement l’avis des gens qui mettent en valeur ses idées ou est-il réellement capable de s’ouvrir à de nouvelles perspectives? A-t-il une vision à court terme ou à long terme? Accepte-t-il le risque de l’échec? »

Concrètement, « le processus d’innovation comprend plusieurs phases : la génération des idées, l’évaluation de ces idées et leur sélection, puis leur implantation, mais il y a beaucoup d’itérations entre ces étapes », précise l’expert. Le marché doit rapidement être testé sans attendre que l’idée soit totalement aboutie ou le produit qui en découle soit parfait.

Instaurer un climat de confiance propice à la créativité

La responsabilité de l’entrepreneur, c’est d’abord de « créer une vision engageante et commune, rendre les valeurs qui unissent les équipes explicites et poser une cible claire », recommande Jean-François Harvey. Ensuite, il faut « s’assurer de s’entourer d’équipes faites de diversité (expertises, milieu, classe sociale, genre, etc.) et d’en tirer profit », ajoute-t-il. Enfin, « il faut non seulement donner l’envie de réfléchir, d’aller plus loin, d’être créatif mais aussi faire en sorte que l’employé se sente à l’aise pour oser proposer ses idées. Il faut créer un climat de sécurité psychologique qui lui permettra d’oser prendre le risque de parler », conclut-il. Le genre d’entreprises où l’erreur n’est pas punie mais où elle est décortiquée pour conduire à des apprentissages.

Ouverture d’esprit, humilité, recherche du point de vue différent, acceptation de l’erreur comme faisant partie intégrante du processus vers le succès… Autant d’ingrédients à réunir dans une entreprise pour réussir à innover.

 

Jean-François Harvey s’est joint au département d’entrepreneuriat et innovation à HEC Montréal après avoir terminé un postdoctorat de deux ans à Harvard Business School. Il est le coauteur de Extreme Teaming : Lessons in Complex, Cross-Sector Leadership, qui s’intéresse aux façons dont les personnes, les équipes et les organisations apprennent, et en particulier comment elles surmontent les défis inhérents au fait de travailler aux frontières disciplinaires et organisationnelles. Il est impliqué sur ces questions auprès d’organisations publiques et privées de Montréal, Londres et San Francisco.

Édité le 8 novembre 2017

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