Sid Lee et le monde

Sid Lee et le monde
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Quand il parle de Sid Lee, Jean-François Bouchard, le président et cofondateur, parle de « la boîte ». Ça fait ressembler la multinationale à une PME, mais ça donne le ton et l’image Sid Lee. Si Sid Lee est une boîte, c’est une très grosse boîte.

« Nous avons créé la boîte il y a une vingtaine d’années, dans un contexte économique difficile, explique Jean-François Bouchard à Éric Bujold, Président de Banque Nationale Gestion privée 1859. Nous avions cogné à la porte de toutes les grandes agences à Montréal, et personne n’avait voulu nous engager. J’étais avocat. Pourquoi embaucher un avocat? Heureusement, mon collègue était plus qualifié que moi…  En désespoir de cause, nous avons créé notre propre job. De fil en aiguille, des collaborateurs se sont ajoutés, et notre partner Bertrand Cesvet est arrivé. Aujourd’hui, nous sommes à peu près 600 dans le monde. C’est vraiment un collectif. Environ 25 personnes dirigent la boîte », précise Jean-François Bouchard. Martin Lavigne, Président de Financière Banque Nationale – Gestion de patrimoine, s’interroge sur la clé du succès de cette progression flamboyante. « Nous avons eu des moments clés quand, par exemple, le Cirque du Soleil, qui était client, est devenu partenaire et copropriétaire. Mais je pense que la raison fondamentale de notre succès est que nous n’avons jamais accepté l’industrie telle qu’elle était. Nous étions obsédés par l’idée de la réinventer! Nous partions de zéro, nous n’avions pas de clients, pas d’argent, pas d’expérience. Nous avons ainsi développé l’habitude de changer la boîte tout le temps. Notre philosophie, chez Sid Lee, c’est “si ça marche, c’est le temps de le changer”. Une façon de rester actuels, en phase avec ce qui se passe dans l’univers du marketing. Et c’était le début de l’ère numérique : nous avons embrassé ça à fond et avons bâti notre boîte sur cette fondation. »

La force selon Sid Lee

Aujourd’hui, la section publicitaire représente 30 ou 40 % des opérations de Sid Lee. On a vu naître Jimmy Lee, Sid Lee Architecture, Sid Labs, Sid Lee Entertainment, autant de secteurs qui sont venus diversifier et compléter l’offre initiale. Presque 50 % de l’équipe travaille en marketing numérique (développement d’applications, présence sur le web, réseaux sociaux et analytiques, etc.). « Notre mérite est d’être une force transformative pour réimaginer l’expérience de marque, à tous les points de contact », ajoute Jean-François Bouchard. Par exemple, au Québec, nous travaillons depuis plusieurs années avec les gens de la SAQ. Nous les avons accompagnés pour réinventer l’expérience en magasin, que nous avons redessinée, nous avons discuté ensemble de chaque catégorie de produits, nous les avons aidés à renouveler leur plateforme de commerce électronique. Ce qui nous intéresse, ce sont vraiment tous les points de contact entre une marque et son client, et notre force, ce qui a fait grandir notre réputation internationale, c’est de pouvoir attacher tout ça ensemble. Tout doit être parfait, et la publicité est un élément parmi tant d’autres. »

La philosophie de l’environnement

Quand on entre au siège social, à Montréal, on remarque surtout une baie vitrée, une grande table, des coussins, un comptoir et l’animation du côté de la cafétéria, où un chef s’active et où les employés viennent prendre un petit déjeuner gratuit, des collations et des repas du midi délicieux et peu onéreux. Le lieu est unique, l’ambiance aussi. Martin Lavigne trouve le concept assez intéressant. Jean-François Bouchard est tout sourire…

« Nous pensons qu’un espace de travail ne doit pas juste répondre à des besoins fonctionnels, mais aussi à des besoins culturels. Toute entreprise devrait être reconnaissable à ses lieux physiques, puisque toutes les entreprises ont des cultures différentes. Pourtant, beaucoup de sociétés pourraient interchanger leurs bureaux, et on n’y verrait que du feu! Ce n’est pas normal. C’est très important que l’espace physique soit pensé en fonction de la culture d’entreprise et des processus de travail. Ici, nous essayons de créer un lieu où les espaces communs sont célébrés comme des carrefours de rencontres et de discussion. »

La puissance d’une culture d’entreprise

Sid Lee est une culture en soi. Et cette culture s’est d’abord bâtie sur les valeurs partagées par les employés. « À maintes reprises, ça nous est arrivé d’engager des gens qui n’avaient pas toutes les aptitudes requises pour faire un boulot, mais qui avaient l’attitude recherchée. Ça fait qu’aujourd’hui la culture de la boîte est assez perceptible quand on rencontre quelqu’un de chez Sid Lee. Les mots vont différer pour expliquer un point de vue, ce ne sera pas tout à fait la même façon d’aborder une question, mais la pensée collective reste cohérente, explique Jean-François Bouchard. » Selon lui, le soin presque maniaque apporté à la gestion de la culture a fait en sorte que l’esprit d’entreprise, l’essence de Sid Lee, a été un facteur clé de réussite dans l’exportation dans les autres bureaux (Montréal, Toronto, Calgary, New York, Amsterdam et Paris). Dans cette gestion de croissance, les enjeux restent donc plus opérationnels que culturels. Sid Lee, plus que jamais, a mis le monde dans sa boîte…

L’équilibre entre le travail, les passions et la famille

« Je pense avoir trouvé l’équilibre et j’ai compris ça au début de la trentaine. Avant, j’avais l’impression qu’il fallait que je m’organise en termes de priorités. Étant assez ambitieux, je faisais passer le boulot en premier, donc ma famille en souffrait, et je ne me rendais jamais en bas de la liste. J’ai compris que tout devait être placé de façon horizontale et non verticale, et que tous les jours il fallait consacrer un peu de temps à chaque élément. Donc, même pour un truc peu important ou pas urgent, comme un projet de photos, je vais m’assurer chaque jour de lui consacrer un peu de temps. »

Jean-François Bouchard, photographe

« Je suis un boulimique de passions! Le boulot occupe une part importante dans ma vie, mais je suis aussi un artiste en art contemporain et je fais de la photo. Tous les deux ou trois ans, je monte une exposition. Pour moi, c’est vraiment une bouffée d’air frais. C’est très précieux d’avoir des passions, il ne faut pas les perdre de vue. C’est comme ça qu’on arrive à se réinventer dans une carrière. »

C’est dans le cadre d’une série d’entrevues portant sur la réussite de dirigeants d’entreprises d’ici que Martin Lavigne, Président de Financière Banque Nationale Gestion de patrimoine et Éric Bujold, Président de Banque Nationale Gestion privée 1859 ont eu la chance de s’entretenir avec Jean-François Bouchard, président et cofondateur de Sid Lee.

Édité le 2 novembre 2017

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