Qui profite de la chute du prix du pétrole?

Qui profite de la chute du prix du pétrole?
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Si la dégringolade du prix du pétrole cause moult maux de tête aux producteurs de l’ouest du pays, de nombreuses entreprises en sortent gagnantes en revanche. Qui souffre de cette baisse et qui tire son épingle du jeu ?

En quelques mois, le cours de l’or noir s’est effondré. Alors qu’il se négociait en moyenne aux alentours de 100 $ le baril durant la période 2011-2014, les prix ont glissé sous la barre des 30 $ en 2016, leur plus bas niveau depuis 2003. Cette chute brutale a plombé l’économie canadienne, mais aussi notre dollar, puisque le pays produit et exporte du pétrole.

Une question d’offre et de demande

À quoi est dû ce fléchissement des cours ? Principalement à une offre abondante comparativement à une demande relativement stable ou en légère décroissance. « Au cours des dernières années, les prix élevés ont mené à de nouvelles productions, par exemple l’exploitation des sables bitumineux en Alberta et le pétrole de schiste aux États-Unis », indique Jean-Thomas Bernard, professeur au département de sciences économiques de l’Université d’Ottawa.

Ajoutée à celle des pays de l’OPEP, l’offre a fortement augmenté et a continué à être alimentée par l’importante demande des pays émergents, notamment la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie. Or, la solide croissance économique de ces derniers a commencé à décliner. « La situation s’est beaucoup détériorée en Chine, qui affichait pourtant une croissance d’environ 10 % depuis 20 ans. Celle-ci ne tourne plus qu’aux alentours de 5 % actuellement. Les économies russe et brésilienne ne se portent pas très bien non plus, et le taux de croissance est d’environ 6 à 7 % en Inde », indique M. Bernard. Quant aux pays développés, ils cherchent plutôt à réduire leur consommation de pétrole, ce qui fait encore ralentir la demande.

Cette baisse est-elle là pour durer ? De nombreux producteurs – ceux qui extrayaient du pétrole à haut coût, notamment des sables bitumineux en Alberta – sont tombés au champ d’honneur, ce qui contribuera à réduire l’offre. « Mais il faudra être patient avant que les prix remontent, car on dispose d’énormes réserves de pétrole qu’il faudra écouler avant de recommencer à produire. Par conséquent, les cours ne regrimperont pas avant qu’on ne retrouve l’équilibre », explique Jean-Thomas Bernard.

Le dollar dans la tourmente

En tant que pays producteur, le Canada a souffert des déboires de l’or noir, en particulier du côté des provinces de l’Ouest, Alberta en tête. Dans la foulée, le huard est passé sous la barre des 70 cents pour 1 dollar américain.

« C’est une période difficile pour nos importateurs qui doivent donc payer plus cher les produits de base ou manufacturés qu’ils achètent à l’étranger », note Alexandre Lemieux, directeur général, Groupe solution de gestion de risques à la Banque Nationale. « Ces hausses de coût ne peuvent pas nécessairement être repassées aux consommateurs, car il y a une certaine rigidité des prix en période d’ajustements rapides », ajoute-t-il.

Par ailleurs, le ralentissement économique dans les provinces de l’Ouest a un impact sur tout le pays : parce qu’il fait baisser la demande de certains produits ou services, les fournisseurs issus des autres provinces en font aussi les frais. Résultat : dans une certaine mesure, les entreprises québécoises payent également les pots cassés.

Des raisons de rester optimiste

Mais tout n’est pas noir pour autant. Ainsi, la baisse des prix du pétrole a permis aux entreprises de faire d’importantes économies sur les factures d’essence et de mazout. Un avantage certain pour tous les secteurs d’activité liés directement ou indirectement au transport, par exemple. « On bénéficie d’un prix environ 0,40 $/litre moins cher qu’il y a deux ans », souligne Alexandre Lemieux.

À cause de la dépréciation du dollar canadien, la période est également très favorable pour les exportateurs, assure Jean-Thomas Bernard. « Le secteur du bois de sciage a retrouvé le chemin de la croissance grâce à la reprise de l’économie américaine, et tire aussi parti de la chute des prix du carburant puisque le transport du bois par camion coûte désormais moins cher », illustre-t-il.

Un effet bénéfique qui est d’ailleurs palpable sur le terrain. « Chez nos clients exportateurs, on sent un regain des affaires actuellement. La baisse du huard a clairement un impact positif sur eux », mentionne Alexandre Lemieux, qui ajoute que certains ont donc de bonnes raisons de se réjouir malgré la conjoncture.

 Comment profiter de la baisse des prix du pétrole

Alexandre Lemieux donne deux conseils aux entreprises pour les aider à tirer parti de la baisse actuelle des cours du pétrole.

  • Profiter de la période pour bien évaluer ses besoins en carburant pour les prochains trimestres et les budgétiser. « C’est une bonne période pour évaluer et contrôler ses coûts en énergie », conseille-t-il.
  • Évaluer la possibilité de mettre en place une couverture afin de se protéger contre une hausse future des prix du pétrole.

« On peut fixer les prix par l’intermédiaire des fournisseurs ou en ayant recours à certains produits financiers. La couverture peut s’étendre sur deux ou trois ans. La Banque Nationale offre déjà ces produits à ses clients, qui permettent de couvrir de 5 à 10 % et jusqu’à 50 % de ses volumes », suggère Alexandre Lemieux.

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Édité le 2 novembre 2017

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