Tout quitter pour entreprendre une nouvelle carrière… les pieds dans le sable!

Tout quitter pour entreprendre une nouvelle carrière… les pieds dans le sable!
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Longue barbe noire, lunettes fumées, veste de cuir, il arrive au rendez-vous au volant de sa moto Triumph. Charles-Édouard Carrier a plus l’air d’une vedette du rock que d’un infirmier. Pourtant, c’est ce qu’il était jusqu’à tout récemment. Le nomade dans l’âme a tout quitté pour s’envoler au Nicaragua en janvier 2015 afin de réaliser un vieux rêve : apprendre à surfer. Puis, se lancer dans une nouvelle carrière de journaliste indépendant à l’étranger, dans La Presse notamment, et dans le magazine en ligne qu’il a cofondé, Oneland. Plus de deux ans plus tard, à 38 ans, il n’a jamais regretté son choix. Il nous raconte comment il s’y est pris.

Que faisais-tu exactement comme travail avant de lancer ta nouvelle carrière?

« J’ai fait un baccalauréat et un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en sciences infirmières, puis j’ai décroché un emploi de gestionnaire dans le système de la santé. Je m’occupais de services de santé mentale déployés dans le Nord-du-Québec. Un poste avec un très gros salaire et tout ce dont on peut rêver comme avantages sociaux. J’avais en plus une flexibilité dans mon horaire et je voyageais souvent. Le job de rêve, pour plusieurs. Mais, j’étais vraiment malheureux. Je me suis senti absorbé par la bureaucratie. Pendant plusieurs années, j’essayais de trouver une solution pour faire autre chose de ma vie. »

Pourquoi avoir décidé de partir à l’étranger pour devenir journaliste et blogueur?

« Je suis un nomade. J’ai besoin de voyager, d’aller à la rencontre d’autres cultures, de partir à l’aventure, d’être déstabilisé, de repousser mes limites. Puis, j’ai toujours écrit, que ce soit des articles dans des journaux étudiants, des nouvelles, ou des chansons pour mon band. En même temps que mon travail de gestionnaire, j’ai commencé à écrire dans le domaine de la musique pour un magazine qui s’appelait Speed. En fait, j’ai écrit pour un numéro seulement et je suis devenu rédacteur en chef. Ensuite, j’ai commencé à écrire pour d’autres. Dont La Presse, en 2012, pour raconter un voyage de moto que je venais de faire à Memphis.

Je devenais de plus en plus occupé à écrire et c’était de plus en plus difficile d’être motivé dans mon travail de gestionnaire. Il est venu le temps où je devais choisir. J’ai décidé de plonger. Mon but, c’était de voyager, d’écrire des articles pour des journaux et des magazines, de publier des photos sur Instagram et d’avoir mon blogue pour gagner ma vie. M’installer à l’étranger allait me permettre aussi de me distinguer, de trouver de bonnes histoires que je n’aurais pas eues si j’étais resté à Montréal. »

Comment as-tu fait pour te préparer financièrement au grand départ?

« J’ai commencé par payer mes dettes, puis l’été, j’ai mis mon condo de Griffintown à louer. Je voulais réduire mes dépenses, alors je suis allé vivre dans une chambre. C’était loin d’être chic! J’ai vendu beaucoup de choses et j’ai mis le reste en entreposage. J’avais déjà une bonne carte de crédit et une marge de crédit, mais quand j’ai dû renouveler mon hypothèque, j’ai demandé en plus une marge de crédit hypothécaire. Je me suis trouvé un menuisier fiable pour le condo si de petits travaux devaient être faits pendant mon absence, puis j’ai donné une clé à un ami en cas de problème. Je me suis assuré que toutes mes factures étaient électroniques et j’ai transféré mon courrier chez ma mère qui m’avertissait s’il y avait quelque chose d’important. J’ai accumulé des vacances, puis à l’automne 2014, j’ai finalement donné ma démission. Je partais tout de suite après le jour de l’An pour le Nicaragua. »

Avais-tu trouvé des contrats comme journaliste avant de partir?

« Mon plan, c’était d’apprendre à surfer – j’en rêvais depuis 1 000 ans! – avec des amis qui venaient de démarrer l’entreprise Barefoot Surf Travel, au Nicaragua. Ces Québécois avaient suivi leur passion pour se lancer en affaires, leur histoire est inspirante, ils ont une belle entreprise et elle n’avait pas encore été couverte dans les médias. Je voulais écrire sur eux. J’ai réussi à vendre l’idée à La Presse.

Après deux semaines là-bas, je suis parti au Costa Rica. J’y ai rencontré des gens qui partaient au Panama surfer à Bocas del Toro, des îles pratiquement inconnues dans les Caraïbes. Je suis parti avec eux toujours pour avoir de bonnes histoires à vendre aux médias québécois. Généralement, je travaillais les matins. Je m’installais avec mon portable et mes écouteurs sur une belle terrasse où j’avais internet et j’écrivais. Je continuais à recevoir des commandes d’articles pour La Presse sur des sujets qui n’étaient pas liés à mon voyage, alors je faisais des entrevues par Skype avec des gens du Québec. Je passais également beaucoup de temps à envoyer des pitchs pour vendre des articles à différentes publications. J’ai aussi écrit pour le magazine Espaces. J’envoyais mes factures et je vérifiais que les paiements entraient dans mon compte en banque. Je travaillais environ quatre heures par jour, puis le reste du temps, je surfais et je faisais de la moto. »

Charles-Édouard Carrier travaille à l'étranger

Une fois sur place, doutais-tu d’avoir pris la bonne décision?

« Il n’y a pas une journée où je n’ai pas remis en question ma décision! Je venais de laisser un travail très bien rémunéré avec des conditions et des avantages enviables pour faire le plus grand saut dans le vide de ma vie. D’autant plus qu’on m’a appris à faire des choix sécuritaires et à planifier ma retraite avant même de terminer ma scolarité. Par contre, dès que j’ai mis le pied au Nicaragua, je savais que cette expérience allait me changer profondément et me permettre de découvrir quelque chose de nouveau en moi. Et ce fut le cas. D’ailleurs, j’ai toujours beaucoup de difficulté à suivre une routine et à me discipliner pour faire mon travail, mais étrangement, malgré la plage, le surf, la moto et les multiples occasions de faire la fête, j’ai découvert que c’est en voyage que j’atteins des sommets de discipline. Je me disais toujours que j’avais à terminer un dossier avant d’aller surfer. Chaque nouveau mandat me permettait de poursuivre l’aventure un peu plus longtemps. »

Pourquoi avoir décidé de revenir au Québec après quatre mois seulement?

« Il y avait quand même des périodes creuses. Je faisais beaucoup de propositions qui restaient sans réponse. J’avais peu d’argent qui entrait, mes payes de vacances étaient terminées, alors j’ai décidé de revenir pour consolider mes liens avec mes clients. Ça a fonctionné. J’ai eu plusieurs retours de courriels, de nombreux contrats entraient sur toutes sortes de sujets pas nécessairement liés aux voyages et ça aurait été difficile de tout faire à distance. Ça n’a jamais arrêté depuis. Il me reste même encore un peu d’argent de ma dernière paye de vacances! »

Pourquoi ne pas avoir repris ton condo à ton retour ?

« Je ne savais pas exactement combien j’allais réussir à tirer de revenus par année comme pigiste, alors j’ai été prudent. J’ai loué un petit appartement dans l’immeuble d’un ami. J’ai une excellente locataire pour mon condo et j’ai réalisé que c’était un super bon placement, alors je n’y touche pas. Puis, il est situé dans Griffintown, un quartier qui prend beaucoup de valeur. C’est un investissement à long terme qui me permettra toujours d’avoir un revenu. Puis, maintenant que j’ai deux années d’imposition comme travailleur autonome, je peux recommencer à penser emprunter pour m’acheter autre chose. Je suis un passionné d’immobilier et j’ai envie maintenant de me trouver une résidence secondaire à l’extérieur de Montréal. »

As-tu continué d’écrire sur tes voyages?

« Certainement! J’ai d’ailleurs cofondé le magazine en ligne Oneland où je peux raconter mes longs voyages à moto. J’écris sur la route et je prends des photos. Je suis très content parce que j’ai réussi à me bâtir une expertise et une crédibilité dans le domaine de la moto et du voyage. Finalement, je rêvais d’écrire, de bloguer, de voyager et même si tout n’a pas toujours été facile, j’ai passé 15 semaines à l’extérieur du Québec en 2016. C’est déjà pas mal! J’ai besoin de voyager, je suis un nomade. »

Que conseillerais-tu à quelqu’un qui est tenté, lui aussi, de partir travailler à l’étranger ?

« Arrêter d’avoir peur! Personnellement, j’ai perdu trop d’énergie à me questionner sur ma décision. Dans la vie, on grandit en apprenant à avoir peur de tout et de rien, mais il faut réapprendre à se faire confiance. Il faut recommencer à écouter sa petite voix qui dit : tu n’es tellement pas à la bonne place en ce moment, tu peux trouver mieux, saute, cherche, découvre, grandit. Puis, si c’était à refaire, j’aurais voyagé beaucoup plus léger. En cours de route, je me suis débarrassé de la moitié de mes choses. J’avais fait ma valise en fonction d’un rythme de vie sédentaire nord-américain. Sur la route, en Amérique centrale, les besoins ne sont pas du tout les mêmes. Sandales, short, jeans, deux t-shirts et tu es correct pour des mois. J’aurais aussi réduit les contacts avec le Québec, parce qu’avec Facebook, Instagram et Skype, on part sans vraiment partir. Il faut plonger pleinement dans sa terre d’accueil. »

Édité le 15 août 2017

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