L’outdooring, une idée bien de chez nous !

L’outdooring, une idée bien de chez nous !
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Transporter le salon, la salle de jeu ou la salle à manger dans le jardin et jouir ainsi du plaisir d’être chez soi… dehors.

C’est l’idée derrière l’outdooring, une tendance qui fait fureur depuis quelques années. Mais sait-on que cet art de vivre au jardin est une invention d’ici? Entrevue avec l’homme derrière l’idée.

Inspiré par un surplus d’inventaires

Étonnamment, c’est un stock de pavillons de jardin invendus qui sera à l’origine de l’outdooring…

« C’était en septembre 2010, se souvient Alain Gravel, directeur marketing chez Trévi, un détaillant de piscines et de mobilier de jardin. Mon patron, Clément Hudon, est passé devant mon bureau et m’a dit : “As-tu remarqué combien il reste de « petites cabanes » dans l’entrepôt ? Plus de 400… Il faudrait faire quelque chose pour les vendre, hein ” »

Ni l’un ni l’autre ne se doutait encore que ce besoin de liquider cette marchandise créerait une vague grandissante…

L’éclair de génie

Quelques jours plus tard, Alain Gravel reçoit un appel de la décoratrice Chantal Couture, laquelle s’est fait connaître à Canal Vie dans une émission qui transforme des pièces avec de très modestes budgets. Celle-ci souhaitait offrir ses services à Trévi. « On s’est rencontré et la chimie entre nous deux s’est faite immédiatement », dit le directeur marketing.

Sachant Chantal Couture capable de faire des miracles avec trois fois rien, Alain Gravel lui confie une mission pour le moins spéciale. « J’ai fait livrer chez moi, chez M. Hudon et chez cinq autres personnes de mon entourage du mobilier de jardin et un pavillon, raconte-t-il. Puis, j’ai demandé à Chantal de partir de ça pour créer, dans chacun des lieux, un décor original… »

La décoratrice livre son œuvre peu de temps après. Dans le jardin d’Alain Gravel, elle propose un espace de vie extérieure de style lounge. « Chez M. Hudon, elle a inventé un style plus sportif, avec un écran plat pour regarder le match et une décoration inspirée des Canadiens de Montréal. » Parmi les autres concepts : un pavillon zen, un pavillon familial, un pavillon brunch, un pavillon « fashion »…

Transporté par cette réinvention de la cour arrière, Alain Gravel fait tourner des capsules vidéo dans chaque « décor ». « C’est à ce moment que j’ai su que je tenais quelque chose de fort… », poursuit-il.

On appelle ça comment ?

Ne restait plus qu’à trouver un nom au concept. « Cela m’a pris trois semaines, mais j’ai finalement trouvé », lance Alain Gravel.

Il s’est souvenu du succès obtenu, alors qu’il travaillait chez Omer DeSerres -son précédent employeur- en popularisant la pratique du scrapbooking au Québec. Et puis, son pavillon aménagé dans le jardin était tout à fait compatible avec l’idée du cocooning, terme popularisé dans les années 1990 par la prêtresse des tendances, Faith Popcorn.

C’est nourri par ces inspirations que l’expert en marketing accouche finalement d’un nom : outdooring. « J’ai cherché le mot sur Google, se souvient-il, et à l’époque tout ce qu’on trouvait, c’était une référence à une cérémonie traditionnelle au Ghana, au cours de laquelle un nouveau-né expérimente pour la première fois le monde extérieur… » Rien à voir, donc, avec un pavillon et du mobilier de jardin !

Trévi enregistre le mot outdooring, qui devient une marque de commerce, et présente le nouveau concept au Salon national de l’habitation, en 2011.

La réponse du public est instantanée. Les médias s’emparent du mot et en parlent comme de la « tendance de l’été ». Des spécialistes de l’outdooring apparaissent. Jusqu’à l’Office de la langue française (OLF), qui suggère bientôt de franciser le terme dont tout le monde parle. « L’OLF m’a présenté deux propositions, dit Alain Gravel : jardinisme et extériorisme… Je leur ai répondu que je préférais garder outdooring en ce qui concerne Trévi ».

L’Office proposera en fin de compte « tendance jardin » pour décrire cette « tendance marquée par le besoin de profiter du temps passé à l’extérieur, au jardin, en concevant l’espace disponible comme un prolongement de l’espace intérieur et en l’aménageant avec le même souci de confort qu’une pièce intérieure. » Hélas, il semble bien que l’outdooring soit déjà passé dans le langage courant. Sur Google « outdooring » renvoie à 137 000 résultats. « Tendance jardin » : 6 320 résultats.

Voici donc pour la petite histoire d’une tendance qui devrait, encore cet été, convertir de nouveaux fidèles. L’idée commence d’ailleurs à voyager hors des frontières, s’implantant aux États-Unis. Parce qu’on aime passer du temps dehors… mais aussi parce qu’en ce qui concerne la valeur de revente d’une propriété, le soin apporté à l’extérieur séduit plus que jamais les acheteurs potentiels.

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Et tout ça, rappelons-le, parce qu’en 2010, chez Trévi, on s’est retrouvé avec un surplus de pavillons sur les bras…

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Édité le 2 novembre 2017

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