Le chapelier fou : survivre au multitâche

Le chapelier fou : survivre au multitâche
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Lorsqu’on est à la tête d’une petite ou moyenne entreprise, il est fréquent que l’on porte plusieurs chapeaux. Commercialisation, développement, comptabilité, gestion des ressources humaines… Peut-on vraiment tout cumuler, ou est-il préférable de trouver des ressources? Et si oui, comment procéder quand les assises financières sont encore fragiles?

Quand il démarre sa compagnie, l’entrepreneur assiste avec fierté aux premiers pas de son «bébé». Il ne compte pas ses heures de travail, car en plus d’en être le président fondateur, il assume généralement plusieurs autres fonctions, comme le développement des affaires, la commercialisation, la recherche de financement, l’embauche de personnel, etc. Or, au fur et à mesure que l’organisation grandit, toutes ces tâches prennent de l’ampleur. Que faire pour ne pas craquer sous le poids des responsabilités et mettre ainsi en péril la survie même de l’entreprise?

Porter plusieurs chapeaux

Franck Barès, professeur à HEC-Montréal et directeur du département d’entrepreneuriat et innovation, indique que même si chaque cas est différent, il existe une période critique identique à toutes les entreprises durant la période de croissance. «Au début, en plus de son rôle de PDG, le dirigeant va souvent assumer tout ce qui touche au volet commercial. Mais au fur et à mesure que l’organisation grandit, elle aura besoin de se structurer. On devra donc voir à la gestion des opérations, la gestion des ressources humaines, le marketing… À ce stade, le dirigeant aura besoin de s’entourer pour pouvoir faire face à toutes ces responsabilités, mais s’il manque de temps ou de ressources, c’est sur ses épaules que les tâches vont s’accumuler», souligne M. Barès.

La santé et la vie personnelle du PDG pourraient souffrir de cette surcharge, de même que les affaires de l’entreprise. «Aura-t-il tout le recul et la lucidité nécessaires pour prendre les bonnes décisions pour sa compagnie?», interroge M. Barès. Il ajoute que l’entrepreneur ne peut pas tout faire, non seulement par manque de temps, mais aussi parce qu’il n’a pas nécessairement les compétences nécessaires pour occuper toutes les fonctions.

Enfin, le dirigeant devrait pouvoir garder une certaine hauteur de vue par rapport aux activités de l’entreprise. Or, il n’est pas toujours facile de conserver ce recul et d’avoir une vision à long terme lorsqu’il faut en plus voir aux opérations quotidiennes.

Des ressources

«On doit absolument sortir de la solitude du dirigeant et trouver des ressources avant qu’il ne soit trop tard. Cependant, il arrive que les patrons hésitent à demander de l’aide, car ils craignent que cela soit interprété comme un signe de faiblesse. Rester dans l’isolement est pourtant l’erreur à ne pas commettre», remarque M. Barès.

L’une des solutions est bien sûr d’embaucher du personnel, mais si les finances de l’organisation ne le permettent pas, alors on peut avoir recours à des ressources externes, par exemple en engageant un consultant pour une période donnée. «Parfois une seule visite du consultant suffit pour nous donner l’élan et les outils dont on a besoin», mentionne M. Barès.

Autre recours à ne pas négliger : le réseau des gens d’affaires. Mentionnons par exemple le Réseau M qui propose du mentorat pour entrepreneurs, ainsi que le Groupement des chefs d’entreprise du Québec qui rassemble plus de 1800 chefs propriétaires de PME au sein de 235 clubs à travers la province, mais aussi le Nouveau-Brunswick, la France, la Suisse et la Belgique. Ajoutons à cela les associations professionnelles et le réseau des chambres de commerce qui peuvent s’avérer très utiles.

«Ces organismes permettent non seulement de sortir de l’isolement du chef d’entreprise, mais aussi de développer ses connaissances, que ce soit de façon formelle par le biais de formations ou de conférences, ou encore informelle en nouant des contacts avec d’autres dirigeants», indique Franck Barès. On peut ainsi partager ses propres expériences avec des personnes qui occupent les mêmes fonctions que nous, obtenir des conseils ou encore des références de professionnels dont on pourrait avoir besoin (consultant, comptable, etc.).

«Lorsqu’on porte le poids d’une entreprise, ces rencontres sont précieuses car elles aident à se ressourcer auprès de ses pairs et à échanger avec des gens qui vivent une réalité similaire à la nôtre», souligne Franck Barès.

Il ajoute que c’est aussi une excellente façon de prendre le pouls de son secteur d’activité et de la communauté d’affaires. «Tout va vite aujourd’hui, les choses changent constamment. Il faut donc s’attendre à ce que régulièrement, un nouveau joueur vienne rebrasser les cartes sur le marché. C’est pourquoi il est si important de garder l’œil ouvert, pour voir comment les autres réussissent à tirer leur épingle du jeu.» Mais pour y parvenir, il faudra avant tout sortir de l’isolement, s’ouvrir aux autres, écouter et partager.

Des ressources

Édité le 22 décembre 2016

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