Lancer une start-up: un vrai saut dans le vide

Lancer une start-up: un vrai saut dans le vide
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Pour Reid Hoffman, lancer une entreprise équivaut à « sauter d’une falaise et assembler l’avion pendant la chute ». Le cofondateur de LinkedIn emprunte cette image au célèbre auteur de science-fiction américain Ray Bradbury, qui l’employait pour décrire tout projet qui exige de faire fi de ses peurs pour se dépasser.

L’image du saut dans le vide et de l’avion à assembler dans l’urgence est particulièrement appropriée pour illustrer la rapidité d’action, la confiance en ses capacités et l’ingéniosité requises pour réussir en affaires. Trois entrepreneurs d’ici en témoignent.

Y croire quand tout est à construire

À Pierre-Alexandre Fournier, qui a lancé Carré Technologies inc. en 2006, cette citation rappelle les premières phases de développement de son entreprise.

« Quand on part de zéro, on n’a ni produit, ni client, ni contrat rédigé, ni fournisseur, explique le président de l’entreprise qui produit les vêtements connectés Hexoskin. Tout doit être mis en place, et il faut croire en nos capacités à y arriver avant de manquer d’argent. »

Le temps joue souvent contre les bâtisseurs de start-up. « Quand on investit dans un projet, il faut qu’il soit rentable rapidement. Le temps est tellement important! », souligne M. Fournier. Or la loi de Hofstadter est implacable: tout prend toujours plus de temps que prévu. « C’est à cause des imprévus qu’on finit par faire des semaines de 80 heures de travail », dit le président de Carré Technologies, qui a déjà dû composer avec des fuites d’eau et un incendie dans ses locaux, sans oublier les fournisseurs inconstants. « Il nous est arrivé qu’un fournisseur manque une étape d’un procédé. Il a eu beau ne pas nous facturer le travail, il a quand même ruiné pour 30 000 $ de matériel, et nous, on a perdu trois mois de travail… »

L’attrait irrésistible de l’inconnu

Par chance, il y a aussi des imprévus heureux dans la vie d’un entrepreneur. Comme quand le Super Bowl fait appel à vos services pour gérer les accès à ses événements VIP. Mais le taux d’adrénaline s’élève lorsque l’occasion se présente à moins de deux mois du jour J. C’est précisément ce qui est arrivé à l’équipe de Connect&Go. « C’était presque impossible de réaliser ce mandat dans les délais, se souvient Dominic Gagnon, cofondateur de l’entreprise spécialisée dans les bracelets intelligents et les solutions RFID. En six semaines, on a dû déployer la structure avec toute la sécurité que demande un mandat aux États-Unis. »

Pour le jeune homme d’affaires qui en est à sa cinquième entreprise, l’enthousiasme devant les nouveaux projets est un véritable carburant. Sa propension et celle de son associé, Anthony Palermo, à se lancer dans le vide fait même l’objet de blagues au bureau. « On est tellement dans l’excitation des nouveaux projets qu’on les vend avant de savoir comment on va les réaliser », rigole M. Gagnon. Il évoque notamment la fois où ils ont annoncé à leurs employés qu’ils avaient décroché un contrat dans un grand festival hivernal. « L’équipe nous a alors rappelé que notre technologie ne fonctionne pas bien au froid… » Mais tous se sont relevés les manches pour adapter le produit aux rigueurs de l’hiver.

« La vie d’un entrepreneur, c’est d’accepter de composer avec un quotidien qui n’est pas stable, qui ne se passe jamais comme on le pensait. C’est ce qui la rend si excitante! » lance celui qui a pour philosophie que « le meilleur plan, c’est de ne pas en avoir ».

Un avion configurable à volonté

Reconstruire un avion qu’elle croyait parti pour un long vol, c’est ce qu’a dû faire Mariève Paradis, cofondatrice du magazine web Planète F, lorsque son associée s’est retirée de l’aventure en janvier 2016. « De janvier à juin, Planète F s’est contenté de planer, le temps que je redonne son équilibre au magazine, avec moi seule à la tête d’une équipe d’une vingtaine de journalistes collaborateurs et d’une trentaine de blogueurs. » Elle combine aujourd’hui les fonctions d’éditrice et de rédactrice en chef du magazine lancé en 2014.

Même si ses nouvelles fonctions comportent leur lot de défis, la cofondatrice de Planète F s’émerveille de la liberté dont disposent les entrepreneurs pour configurer à leur manière ce fameux avion:

« Au départ, je ne savais pas à quel point les entrepreneurs étaient libres de tout faire. Ils peuvent décider des valeurs de leur entreprise, de leur style de gestion, de l’importance qu’ils accordent aux profits… C’est très philosophique, devenir entrepreneur!

Une liberté dont elle compte bien profiter pour mettre en place une structure peu hiérarchique dans son entreprise en pleine croissance… et pour se lancer au printemps 2017 dans l’aventure de la publication d’une édition papier de son magazine.

Édité le 2 novembre 2017

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