Ce que la finance comportementale révèle sur vos habitudes d’investissement

Ce que la finance comportementale révèle sur vos habitudes d’investissement
Pierre Laroche Investir, Particuliers Investir, Particuliers

Qu’est-ce que la finance comportementale? Il sagit dune branche des sciences économiques de la finance qui propose des théories fondées sur la psychologie pour expliquer les habitudes de placement ou des anomalies du marché boursier, comme les bulles spéculatives et les krachs. Contrairement à l’hypothèse de l’efficience du marché des capitaux, qui suppose que les investisseurs sont pleinement rationnels et qu’ils ont tous la même capacité d’assimiler et de comprendre des renseignements complets et fiables — et d’agir en conséquence —, le fondement théorique de la finance comportementale est que les investisseurs sont influencés par plusieurs biais, et que leurs décisions financières sont donc loin d’être entièrement rationnelles.

Voici neuf découvertes mises en lumière par la finance comportementale qui peuvent avoir une incidence sur les décisions d’un investisseur.

Inertie

Certains investisseurs sont assaillis d’incertitudes et retardent le choix d’un placement sans motif rationnel, par pure peur du risque. Lorsque l’occasion d’investir leur file entre les doigts, ils regrettent alors leur inertie et perdent encore plus confiance en leurs décisions de placement. Par exemple, un investisseur réalise une analyse détaillée avant de procéder au rééquilibrage de son portefeuille, et décide pourtant de ne pas le rééquilibrer par peur d’avoir oublié de tenir compte d’un élément dans son analyse.

Ancrage

À l’instar de l’inertie, l’ancrage (ou biais de croyance) est un biais cognitif qui pousse l’individu à prendre une décision en fonction d’une croyance antérieure, même en la présence de nouveaux renseignements faisant état d’une évolution de la situation. Par exemple, certains négociateurs ont tendance à devenir « amoureux » d’une opération qu’ils ont effectuée dans le passé, même si les conditions initiales justifiant l’opération n’existent plus. « Je ne vendrai jamais ces actions quoi qu’il arrive. Je ne peux pas m’en séparer » : voilà ce que disent les investisseurs souffrant du syndrome d’ancrage. Ils s’accrochent à d’anciennes croyances au lieu d’adapter leurs décisions en fonction de la nouvelle réalité.

Dissonance cognitive

Ce biais s’apparente à l’aversion aux pertes. Il s’agit de la tendance à refuser de reconnaître une mauvaise décision et d’en assumer les conséquences. On retrouve souvent ce biais chez des investisseurs qui conservent un mauvais placement dans l’espoir qu’il remonte la pente un jour au lieu d’accuser la perte et de replacer le capital dans une meilleure occasion de placement.

Perspective à court terme

Bon nombre d’investisseurs sont énormément influencés par les actualités. Tenir compte des actualités est certainement une pratique gagnante d’un processus décisionnel de négociation ; cependant, certains investisseurs à long terme accordent parfois trop d’importance à une nouvelle information au sujet d’une question secondaire par rapport au portrait d’ensemble de l’entreprise. Par exemple, une légère baisse du prix d’une action en raison du mauvais comportement de l’un des cadres de l’entreprise pourrait être interprétée comme un signal d’alarme annonçant qu’il est temps de vendre les actions, même si l’entreprise est solide et en pleine croissance.

Excès de confiance

Certains investisseurs ont une vision déformée de leurs aptitudes en matière de décisions d’investissements, ce qui peut les mener à prendre des risques indus se soldant par un rendement de négociation/placement erratique ou faible. Les investisseurs de cette catégorie peuvent aussi croire qu’ils exercent un certain contrôle sur leurs placements… ce qui est très rarement le cas. Cas de figure : un négociateur trop sûr de lui pourrait décider d’acheter une action parce qu’il est certain que le nouveau design d’un produit fera ravage… sans même connaître quoi que ce soit sur le marché du produit ou sur le profil de ses acheteurs.

Représentativité

Certains investisseurs peuvent fonder leurs décisions sur un renseignement qui n’est pas pertinent. Par exemple, un investisseur pourrait avoir tendance à investir son argent dans un titre à la suite de l’inauguration d’un nouveau siège social, interprétant à tort que le nouvel immeuble nec plus ultra fait foi de la solidité des occasions de croissance de l’entreprise.

Comptabilité mentale

La plupart des gens répartissent leur patrimoine dans plusieurs « compartiments » mentaux. L’investissement en fonction des objectifs est un exemple de comptabilité mentale : les gens épargnent pour atteindre un objectif financier, par exemple, l’achat d’un chalet dans dix ans. Il s’agit d’une très bonne approche d’investissements, mais elle doit reposer sur un portefeuille rigoureusement construit pour être fructueuse. Si l’on ne garde pas le portrait d’ensemble en tête, la comptabilité mentale peut aussi mener à un portefeuille mal diversifié, ce qui est néfaste pour l’investisseur.

Comportement grégaire

Dernier comportement type et non le moindre, le comportement grégaire est l’un des biais les plus connus mis en lumière par la finance comportementale. Il englobe un vaste éventail d’habitudes de placement et d’anomalies de marché, comme les bulles spéculatives. Les gens ressentent le besoin de se regrouper et, par conséquent, ils adoptent un comportement grégaire pour la prise de décision. Autrement dit, certains investisseurs reproduisent instinctivement ce qu’ils croient être la réaction de la majorité des investisseurs au lieu de se fier à leur propre évaluation des faits ou de tenir compte de leur propre situation. Vous avez sûrement entendu quelqu’un dire dernièrement : « Tout le monde investit dans cette compagnie. Je devrais faire la même chose. Sinon, je serai la seule personne à avoir raté une occasion que tous les autres avaient vue. » Nous savons maintenant à quel point ce type de raisonnement peut être dangereux, particulièrement si vous « arrivez en retard dans le club ».

Chaque investisseur possède son propre amalgame de biais cognitifs et psychologiques. Il est utile de les garder en tête et d’essayer d’évaluer dans quelle mesure ils sont présents lorsque vous êtes sur le point de prendre une décision d’investissements ou de négociation. Comme l’a brillamment dit Cicéron : « Suum quisque noscat ingenium. » [Que chacun apprenne à connaître son esprit.]

Pierre Laroche et Mathieu Leblanc

Édité le 16 juillet 2018

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