Inflation et retraite: votre épargne sera-t-elle suffisante?

Inflation et retraite: votre épargne sera-t-elle suffisante?
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L’objectif d’épargner est de parvenir à tirer un revenu annuel qui s’ajoute aux prestations des régimes gouvernementaux (celle de la Régie des Rentes du Québec ou du Régime de Pension du Canada par exemple) et privés (soit les rentes en provenance des régimes de retraite de vos anciens employeurs), afin d’obtenir un niveau de vie plus élevé au cours de la retraite.

Comme nous l’avons vu dans un article précédent, le calcul du montant que vous pouvez retirer de vos épargnes annuellement ne doit pas être pris à la légère. La manière dont vous choisirez de vous prévaloir de vos revenus annuels additionnels tirés de votre épargne (« RAA» ci-après) déterminera en partie la probabilité que vous ayez suffisamment d’épargne tout au long de votre retraite.

Cette probabilité dépend de trois facteurs. Premièrement, elle dépend de la composition du portefeuille d’épargne : plus la pondération en actions est forte, plus le potentiel de gain est fort, mais plus le risque est élevé. Deuxièmement, les aléas des marchés, que nous ne contrôlons pas, jouent aussi : si les marchés sont généreux au cours de la période de décaissement, alors la probabilité que les épargnes soient suffisantes augmente. Enfin, la probabilité en question dépend de la façon dont vous déterminez les RAA : voulez-vous les faire augmenter au rythme de l’inflation (i.e. pleine indexation), à seulement 50%, ou pas du tout (aucune indexation)? Dans le premier cas, le pouvoir d’achat est maintenu au fil du temps et dans les deux autres cas, il diminue (mais dans une moindre mesure pour une indexation à 50% de l’inflation). Par exemple, si vous voulez tirer un RAA initial de 60 000 $ pleinement indexé à l’inflation, et ce pendant 25 ans, quelle est la probabilité que vos épargnes soient suffisantes pour y arriver?

Les effets de l’inflation

C’est ce dernier facteur que nous étudierons dans cet article, en évaluant les conséquences du choix du niveau d’indexation sur la probabilité de ne pas épuiser prématurément l’épargne accumulée. Nous analyserons le cas de Mme Ling, qui arrivera à sa retraite dans deux ans, après une belle carrière comme salariée puis travailleuse autonome en communication. Elle fixe à 25 ans sa période de décaissement et aimerait un RAA initial net d’impôts de 72 000 $. Mme Ling prévoit avoir accumulé environ 1 117 000 $ d’épargne, répartie comme suit parmi les divers types de comptes qu’elle détient :

  • REÉR et Compte de retraite immobilisé (CRI) : 730 000 $
  • CÉLI : 62 000 $
  • Comptes non-enregistrés : 325 000 $

La répartition globale du portefeuille de Mme Ling va comme suit (nous supposons qu’elle demeure constante) :

  • Encaisse et certificats de dépôt : 5%
  • Titres à revenu fixe : 65%
  • Actions : 30%.

Pour simplifier [1], nous supposons aussi que les placements du REÉR et du CRI sont uniquement constitués de titres à revenu fixe (comme des obligations gouvernementales), que le CÉLI est composé exclusivement d’actions et que les comptes non-enregistrés sont partagés entre des certificats de dépôt et des actions. Nous supposons aussi que le décaissement s’effectue dans la séquence suivante : Mme Ling puise d’abord dans ses comptes non-enregistrés, puis dans son ou ses comptes CÉLI et enfin dans ses comptes REÉR et CRI.

Le graphique suivant montre l’évolution des RAA visés selon le degré d’indexation à l’inflation. On voit que dans le cas de la pleine indexation (qui assure le maintien du pouvoir d’achat), le RAA passe de 72 000 $ initialement à presque 110 000 $ dans 25 ans, ce qui constitue un écart important à financer à même le solde des épargnes.

année de décaissement

Voici l’impact du choix de degré d’indexation de Mme Ling sur la probabilité qu’elle ait assez d’épargne pour toucher le RAA visé pour les 25 prochaines années :

Indexation à l'inflation

On peut voir qu’avec une pleine indexation, il y a un peu moins que la moitié des chances pour qu’elle ait assez d’épargne pour les 25 années à venir. Cette probabilité augmente à environ 57% si Mme Ling garde constant son RAA. Entre les deux, l’indexation à la moitié de l’inflation correspond à une probabilité de succès d’environ 53%.

Des pistes de solution

Choisir le degré d’indexation à l’inflation n’est pas la seule variable qui détermine la probabilité que l’épargne soit suffisante. Afin de l’augmenter, Mme Ling pourrait vouloir diminuer le RAA initial voulu (et les suivants), diminuer le nombre d’années que dure la période de décaissement ou augmenter sa prise de risque afin d’améliorer le rendement potentiel du portefeuille. Ces alternatives comportent des avantages et des inconvénients. Diminuer le RAA implique un rythme de vie plus modeste durant plusieurs années. Diminuer la durée de la période de décaissement (par exemple, passer de 25 à 20 ans) implique un arrêt plus hâtif du RAA, ce qui peut se révéler problématique lorsqu’une personne devient plus âgée et peut ainsi faire face à des frais de soins de santé plus élevés. Enfin, tel que mentionné précédemment, prendre davantage de risque afin d’augmenter le rendement de portefeuille constitue une autre option qui peut sembler alléchante, mais qui fera probablement plus mal dormir Mme Ling dans les périodes de turbulence boursières.

[1] Avertissement : cette analyse est approximative, car elle ne tient pas compte de toutes les subtilités fiscales. Bien qu’il s’agisse d’une simplification de la réalité, notre analyse illustre bien l’impact de l’indexation du RAA visé sur la probabilité de survivre à ses épargnes. Les hypothèses qui sous-tendent les rendements futurs simulés sont disponibles sur demande.

Édité le 20 septembre 2017

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