Antoine Corriveau : son plus grand luxe? S’acheter du temps

Antoine Corriveau : son plus grand luxe? S’acheter du temps
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Dans une autre vie, l’auteur-compositeur-interprète Antoine Corriveau était graphiste à son compte. À 30 ans, il a mis cette carrière de côté pour se lancer à temps plein dans la musique. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’insécurité financière ne lui fait pas peur. 

Réceptionniste de nuit dans un motel, commis dans un entrepôt de pharmacie, plongeur : j’ai fait 1000 jobs de « marde » avant de commencer le graphisme, ma première job d’adulte. J’ai aussi longtemps travaillé à temps partiel parce que j’ai toujours eu de la misère avec le concept de devoir être quelque part à une heure précise.

Il y a deux ans, je travaillais encore comme graphiste à mon compte, en plus de faire de la musique. C’était un peu vertigineux de tourner le dos à un travail qui me payait assez bien. Mais je me suis dit : autant le faire pendant que je peux.
L’argent n’est pas ma première motivation. Ce qui m’importe, c’est d’en avoir assez pour mes dépenses courantes et d’avoir du temps pour dessiner ou écrire des chansons.

C’est ce qui me rend le plus heureux : m’acheter du temps.

Je n’ai pas de misère à mettre de l’argent de côté pour produire mon album, mais j’admets que ne suis pas très économe dans ma vie personnelle. Et puisque je suis un peu nul pour faire un suivi rigoureux de ma carte de crédit, je préfère utiliser ma carte de débit. Au moins, je sais que je ne dois rien à personne.

Je ne fais pas beaucoup de folies, mais quand j’en fais, je les assume et je n’ai pas de regrets. En général, ce sont des instruments de musique, car ça m’inspire toujours cinq ou six chansons. Une nouvelle guitare, c’est un nouveau monde qui s’ouvre. D’ailleurs, ma première grosse dépense, ça a été ma première guitare vers l’âge de 20 ans. C’est un moment important dans ma vie. Je l’ai payée 300 $. Avant de l’acheter, je suis allé au magasin 14 fois pour trouver LA bonne — même si en fin de compte ce n’était pas vraiment une bonne guitare!

J’essaie le plus possible de créer sans être influencé par l’argent. À date, je pense que j’y parviens! Si je me préoccupais de combien coûte la création d’un spectacle avec de nombreux musiciens, je ne verrais peut-être pas aussi grand. Parfois, c’est nécessaire de s’impliquer financièrement pour s’assurer que les projets qui te tiennent vraiment à cœur se concrétisent. Dans ces cas-là, c’est quand même pratique d’avoir de l’argent. Quand je produis un spectacle ou un de mes disques, il n’y a rien qui me rend plus heureux que de faire un chèque aux gens avec qui je travaille, que j’aime et que je respecte.

En 2015, j’ai remporté le Prix de la chanson SOCAN, qui s’accompagne d’une bourse de 10 000 $.

Ça a été un moment déterminant de ma carrière. C’est entre autre à ce moment-là que j’ai décidé d’abandonner le graphisme pour me consacrer à la musique à temps plein. Ce genre de bourse permet par exemple de produire ton disque. Et produire soi-même vient avec plein d’avantages, car les redevances te reviennent plutôt qu’à une maison de production.
L’insécurité, ça ne me fait pas peur. Mais je m’arrange quand même pour diversifier mes sources de revenus. Je produis mes albums et je coproduis parfois mes spectacles. Je produis aussi les albums d’autres artistes. Au pire, si je suis vraiment mal pris, je pourrais toujours retourner au design. Je me suis toujours débrouillé pour trouver des moyens de gagner de l’argent. Je ne suis pas encore assez intelligent pour me prendre des REER. Mais ça s’en vient. J’pense.

 

 

Édité le 15 novembre 2017

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