Comment gérer une grosse rentrée d’argent inattendue?

Comment gérer une grosse rentrée d’argent inattendue?
Banque Nationale Épargner, Particuliers Épargner, Particuliers

Qui n’a jamais rêvé d’être l’heureux gagnant du gros lot à loterie? De recevoir un héritage d’un oncle ou d’une tante richissime? Ou encore de vendre sa start-up à une multinationale prête à signer un chèque de plusieurs millions de dollars? Seriez-vous réellement en mesure de gérer cette grosse rentrée d’argent surprise?

À en croire les statistiques, ce n’est pas gagné… Aux États-Unis, où les gros lots peuvent atteindre le milliard dollars (le jackpot du Powerball de 1,58 milliard de dollars en janvier 2016 en est la preuve), près du tiers des gagnants de loterie finissent ainsi par déclarer faillite, soutient le Certified Financial Planner Board of Standards, un organisme nord-américain d’encadrement du secteur de la planification financière.

Gros lot ou rente à vie?

Rachel Lapierre, qui a remporté le gros lot Gagnant à vie en janvier 2009 à l’âge de 48 ans, ne voulait pas voir fondre son gain au soleil. «J’avais le choix entre la rente de 1000 $ à vie par semaine ou un chèque de 675 000 $. Je me connais, généreuse comme je suis, le montant forfaitaire aurait été dépensé en totalité en moins de deux ans. J’ai pris une sage décision en favorisant le chèque de 1000 $ par semaine à vie».

Ce gain, non imposable, lui a permis de quitter son emploi d’infirmière sur appel. À la suite de conseils de son institution financière, ce montant lui sert aujourd’hui de salaire tout en lui permettant de poursuivre les activités et le développement de son entreprise Le Book Humanitaire, qui vient en aide aux gens démunis d’ici et d’ailleurs. «Je n’ai même pas célébré mon gain, se rappelle-t-elle. En achetant le billet, je me suis fait la promesse que si je gagnais, l’argent serait consacré à mon entreprise. Et je l’ai tenue. J’ai la conviction d’avoir une mission à accomplir. Ce gain me permet aujourd’hui de me consacrer à ma vocation, celle de vouloir aider les autres. Et ce, sans avoir à me soucier de ma retraite.»

Quelques trucs pour gérer une rentrée d’argent

Hélas, tous les gagnants n’ont pas cette présence d’esprit. En 2009, trois économistes des Universités du Kentucky, Pittsburgh et Vanderbilt ont publié une étude sur les conséquences des gains à la loterie. Ils ont analysé, de 1993 à 2002, le comportement de 35 000 Floridiens qui avaient gagné des montants variant entre 600 $ et 150 000 $. Sur ce nombre, une personne sur 20 a fait faillite dans les cinq années suivant son gain à la loterie. Selon les trois chercheurs, ce sont les gagnants des sommes de plus de 50 000 $ qui présentaient 50 % plus de risques de déclarer faillite.

Directeur principal Centre d’expertise chez Banque Nationale Gestion privée 1859, Daniel Laverdière est formel : «La grande erreur que ces gens commettent, c’est de ne pas prendre suffisamment de temps pour visualiser ce que représente en montants annuels indexés la grosse somme d’argent qu’ils ont maintenant en main. Ils se font prendre par le sentiment de richesse».

Le premier exercice, dit-il, est d’analyser ce que représente la somme reçue pour le restant de vos jours. «Prenez l’exemple d’un montant d’un million de dollars. Sur le coup, cette somme paraît énorme. Faites toutefois le calcul. Si vous recevez ou gagnez ce montant à l’âge de 50 ans, il vous reste, selon une espérance de vie de 90 ans, au moins 40 ans à vivre. En divisant le montant d’un million par 40, vous obtenez 25 000 $ par année indexé la vie durant. Ce simple calcul présume un rendement net correspondant à l’inflation permettant d’indexer les revenus. Est-ce suffisant pour vivre? Pour vous, votre conjoint, votre famille?» questionne le planificateur.

Avant de vouloir partager votre gain surprise avec les autres, de dépenser pour des folies ou de quitter votre emploi, mieux vaut prendre du recul, recommande fortement l’actuaire de formation : «Six mois de réflexion après un gain quel qu’il soit, c’est loin d’être un luxe».

Sur le site de Loto-Québec, on suggère aux gagnants de déposer leur chèque dans l’immédiat sous forme de certificat de placement à court terme dans une institution financière. Pendant que les gens réfléchissent et rencontrent divers professionnels pour obtenir conseils, cette formule permet à l’argent d’obtenir de meilleurs rendements que dans un compte-épargne.

Le cas vécu de Claire N.

Claire N. qui a remporté un gros lot d’un million de dollars à loterie 6/49 au début des années 2000 a justement suivi les conseils de Loto-Québec. «La société d’État a aussi multiplié les mises en garde contre les vautours qui allaient en vouloir à mon argent. Et ils avaient raison, raconte la gagnante. Mon conjoint et moi avons pris au moins un mois pour rencontrer différents planificateurs et investisseurs. J’ai finalement opté pour la seule institution financière qui ne m’avait pas du tout contacté au lendemain de mon gain».

Âgée d’une quarantaine d’années au moment des faits, Claire N. avoue que l’aventure n’a pas été facile : «J’ai eu besoin d’au moins trois années pour accepter la situation». Il faut dire que gagner autant d’argent d’un coup change d’un coup la perception que les gens ont de vous. «J’ai dû quitter mon travail en milieu hospitalier, raconte-t-elle. Les autres employés m’accusaient de voler la job de quelqu’un».

Généreuse, elle a offert 20 000 $ à chacun de ses frères, ses sœurs ainsi qu’à ses parents, pour un total de 200 000 $. «Encore là, Loto-Québec m’a conseillée d’être formelle avec ceux à qui je donnais de l’argent. Je les ai donc prévenus qu’il s’agirait du seul montant qu’il recevrait. Quelques mois plus tard, certains sont pourtant revenus à la charge pour en demander encore».

À moins d’avoir des projets nécessitant un écho médiatique comme celui de Rachel Lapierre, mieux vaut donc rester discret, recommande M. Laverdière. Limiter les messages, les photos de voyage sur les médias sociaux et changer votre numéro de téléphone sont sans doute les comportements les plus judicieux.

Comment Claire s’en est-elle sortie? En gardant les deux pieds sur terre. «C’est seulement dix ans après mon gain à la loterie que j’ai réalisé le plus important investissement, raconte-t-elle. J’ai acheté une résidence pour personnes âgées. J’ai pris le temps de bien analyser une douzaine d’options avant de prendre ma décision».

Payez vos dettes

Rappelons que les gains de loterie et les dons par héritage ne sont pas imposables. Les intérêts sur les investissements et les profits réalisés à la vente de biens reçus en héritage le sont. Si vous n’êtes pas déjà entouré d’un comptable, d’un avocat, d’un notaire et de professionnels financiers de confiance pour y voir plus clair, il faudra multiplier les rencontres avec plusieurs planificateurs et conseillers. «Cet exercice va vous permettre d’analyser les différentes offres et de voir avec lesquelles vous êtes le plus confortable. Vous distinguerez les conseillers plus terre à terre de ceux plus compteur de rêves. Évidemment, méfiez-vous de ceux qui ont des «trucs» pour faire fructifier davantage votre argent. Les clowns et les magiciens ont des trucs, pas les conseillers sérieux», avertit Daniel Laverdière.

Enfin, avant d’investir ou de voyager, la première chose intelligente à faire c’est de payer ses dettes. Ensuite, en fonction du montant reçu, l’achat d’une maison peut se révéler un bon investissement. Quoi qu’il en soit, conclut le planificateur financier, l’idéal reste de conserver le même rythme de vie, de penser à votre épargne-retraite et de vous offrir de petites gâteries de temps à autre. Comme le dit si bien Rachel Lapierre : «Il faut apprendre à garder la poule afin de pouvoir bénéficier des œufs le plus longtemps possible!»

Édité le 15 août 2017

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