Geoff Molson à la tête

Geoff Molson à la tête
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Depuis le bureau en angle, au Centre Bell, Montréal s’étale jusqu’au fleuve. De là à dire que Geoff Molson a Montréal à ses pieds… ce serait bien mal connaître le propriétaire des lieux, dont le caractère est plutôt humble. Mais l’image a du vrai. Éric Bujold, Président de Banque Nationale Gestion privée 1859, et Martin Lavigne, Président de Financière Banque Nationale Gestion de patrimoine, ont échangé avec lui. Discussion affaires et passion du hockey.

Depuis juin 2011, Geoff Molson est président et chef de la direction de la société en commandite Groupe CH, propriétaire du Club de hockey Canadien, d’Evenko et du Centre Bell, sans délaisser pour autant son rôle d’ambassadeur de Molson Coors. Le Groupe CH s’est aussi porté acquéreur de l’Équipe Spectra, en décembre dernier. Ce qui fait de lui un joueur important sur l’échiquier économique et culturel de la ville, mais aussi du pays.

Son meilleur coup? Quand il a pris possession de la patinoire. « Il y a eu des mauvais et des bons coups dans ma carrière, et les deux sont importants, répond-il prudemment. Mais je pense que c’était un bon coup d’acheter les Canadiens, il y a quatre ans et demi! C’est ce qui me définit aujourd’hui comme homme d’affaires et qui me motive tous les jours. C’était pendant une crise économique en Amérique du Nord, une période où les taux d’intérêt étaient très bas et le dollar, très fort. Tout cela a ajouté au risque, mais aussi à la réussite de l’acquisition. Les Canadiens représentent beaucoup pour la population québécoise et nord-américaine en général. Je suis très fier d’être parvenu à reprendre le contrôle de cette équipe. »

On parle ici d’une institution. Et Geoff Molson doit travailler avec une donnée que ne connaissent pas tous les chefs d’entreprise : le facteur émotion, l’immense ferveur populaire. « Vous le savez, tout le monde le voit, au lendemain d’une défaite, l’émotion est très forte. Ma responsabilité est de rester maître de mes émotions, de les gérer de façon très positive. Je suis sur Twitter avec tous les partisans. Après une défaite, ils sont vraiment méchants! Oui, les gens sont fâchés, parce qu’ils adorent notre équipe! C’est une bonne chose qu’ils parlent de nous, que ce soit en bien ou en mal. Mon rôle est de les soutenir, ajoute-t-il. Je suis celui qui donne les moyens de réussir aux gestionnaires, celui qui pose beaucoup de questions. Toutefois, à la fin de la journée, je ne suis pas là pour prendre les décisions pour eux, je suis là pour appuyer leurs recommandations. J’ai appris ça de mon père, c’était son approche dans la vie : trouver les bonnes personnes, leur faire confiance et rester très proche. »

Un sport en santé, de nouvelles avenues

Leader avisé, Geoff Molson est aussi un fan. Il assiste à tous les matchs et est au courant de tout ce qui a trait au club. Il sonde l’ampleur de la notoriété des Canadiens au-delà des limites de la province. Éric Bujold lui demande s’il sent une rivalité avec les autres propriétaires d’équipes. « On travaille très bien ensemble, assure Geoff Molson. Le seul bénéfice du lockout, ç’a été de mieux se connaître! Mes relations hors de la glace avec Toronto sont excellentes. Et j’ai beaucoup de respect pour eux… hors de la glace. »

Il saluerait aussi un retour des Nordiques à Québec, parce que ce serait bon pour le hockey. «Ce sport est en très bonne santé. Côté business, les matchs en direct sont très forts. Les chaînes de télévision ont tout intérêt à présenter du sport en direct parce que les jeunes ne regardent jamais du direct, sauf si c’est un match de sport… », remarque-t-il. Son flair l’a d’ailleurs conduit à soutenir l’émission 24CH, une stratégie médiatique qui connaît un succès retentissant (certains épisodes sont plus regardés qu’une partie!) : « Le but était de faire vivre les Canadiens en dehors des matchs. D’abord parce que je crois qu’au Centre Bell les chances de croissance sont minces. Le prix des billets est assez élevé, les commanditaires sont là, les loges et la nourriture sont vendues. Il faut trouver d’autres avenues. Ensuite parce que nos joueurs sont maintenant des vedettes internationales. C’est plus difficile pour eux de se faire connaître de la population et de montrer comment ils travaillent fort pour gagner. »

Des valeurs à transmettre, un monde différent

Malgré ce grand coup de dés qu’a été l’acquisition du Canadien, Geoff Molson accepte de se voir en stratège prudent. Une optique de gestion où la vitesse n’est pas toujours une alliée et où les conseils sont bienvenus. Quel est le meilleur conseil qu’il ait reçu, demande Martin Lavigne? : « Il vient d’un discours du général Norman Schwarzkopf et est très simple : When in doubt, always do the right thing. On peut toujours prendre des  raccourcis. Et on les prend, parce qu’on veut gagner à court terme, on veut avoir un avantage. Mais à long terme, ce n’est peut-être pas la bonne solution. Devant chaque décision compliquée, je reviens toujours à ça. Durant mon enfance, mon père était en charge d’une grande compagnie publique, et son approche a toujours été identique. Ça continue avec moi et avec mon frère (Andrew Molson, propriétaire du cabinet National). Chaque décision prise, qu’elle soit grande ou petite, doit être envisagée dans le meilleur intérêt de nos actionnaires. »

Dans les affaires depuis plus de 230 ans, les Molson sont à la tête d’un univers particulièrement bien enraciné dans le sol du pays. « Entre la brasserie, National, le Canadien, Evenko et Spectra, on se sent très installés! Aujourd’hui, la septième génération a le potentiel d’investir et de redonner à Montréal. On se prépare bien pour la huitième génération », précise ce père de quatre enfants.

Éric Bujold s’interroge d’ailleurs sur l’équilibre entre vie privée et vie publique, une donnée inconnue du temps de Molson père, qui a été un propriétaire du Canadien moins visible que son fils. Geoff Molson a bien saisi les enjeux actuels : « L’acquisition du Canadien a changé ma vie, c’est un rôle très public. Du jour au lendemain, tu deviens une personnalité que tout le monde connaît! On essaye de trouver un équilibre familial. On passe beaucoup de temps ensemble durant les week-ends. Quand mon père dirigeait les Canadiens, il était plus ou moins connu, parce qu’il n’y avait pas de Facebook, de Twitter ou de caméras. La seule façon de le voir dans les années 70, c’était de regarder le match en direct! Le lendemain, il fallait lire les journaux pour savoir ce qui s’était passé. Mon fils, depuis l’âge de six ans, regarde le match sur NHL.com. En cinq minutes, il voit chaque but, chaque pénalité; c’est incroyable! Je fais un discours et tout le monde le sait. Impossible de se cacher. Mais encore une fois, il faut communiquer et ne jamais éviter la vérité. »

Accepter la notoriété tout en restant humble avec ses enfants, c’est aussi une affaire de protection: « Mes enfants lèvent les yeux au ciel quand quelqu’un me demande un autographe ou une photo. Et c’est bien comme ça! Ils ont une vie à vivre. Moi, j’ai eu la chance d’avoir une belle qualité de vie. Quand j’étais jeune, je savais que mon père était à la tête d’une brasserie, mais ça s’arrêtait là. Mes enfants sont beaucoup plus au courant de ce qui se passe. Google est la solution pour tout! Ils n’ont qu’a googler mon nom, et ils vont beaucoup apprendre. » Apprendre aussi qu’il faut gagner… « Ça, ça fait énormément de différence quand on gagne! »

C’est dans le cadre d’une série d’entrevues portant sur la réussite de dirigeants d’entreprises d’ici que Martin Lavigne, Président de Financière Banque Nationale Gestion de patrimoine et Éric Bujold, Président de Banque Nationale Gestion privée 1859 ont eu la chance de s’entretenir avec Geoff Molson, Président et chef de la direction de la société en commandite Groupe CH, propriétaire du Club de hockey Canadien, d’Evenko, du Centre Bell et ambassadeur de Molson Coors.

Édité le 27 septembre 2017

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