Comment les entreprises manufacturières québécoises peuvent-elles profiter de l’AÉCG?

Comment les entreprises manufacturières québécoises peuvent-elles profiter de l’AÉCG?
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Les entreprises manufacturières québécoises se trouvent devant plusieurs belles occasions d’affaires avec l’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’Union européenne. Pour s’y retrouver et pouvoir en profiter pleinement, elles peuvent avoir du soutien. On en discute avec Véronique Proulx, vice-présidente, opérations, chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et Stéphane Achard, premier vice-président, services aux entreprises Canada et international, à la Banque Nationale.

L’AÉCG, un accord complexe

Si l’AÉCG peut-être avantageux de différentes façons, il représente toutefois un défi pour les PME qui fonctionnent à équipe réduite. Ces entreprises devront maintenant acquérir de nouvelles connaissances liées à ces marchés, notamment en fiscalité, en mise en place de financement, en droit, ainsi qu’en transport et logistique.

Stéphane Achard remarque que les entreprises en savent peu en ce moment sur les détails de l’accord.

« L’AÉCG a eu de la visibilité au moment de sa conclusion, mais pas tellement par la suite, constate-t-il. C’est un accord qui a énormément de sous-classes au niveau des produits. C’est complexe de comprendre comment il affectera les entreprises, mais nous pouvons les aider à s’y retrouver avec le MEQ et nos différents partenaires à l’étranger. »

Se faire accompagner

La Banque Nationale réussit à accompagner ses entreprises à l’étranger notamment en sollicitant son réseau.

« Nous mettons souvent en contact nos entreprises canadiennes qui font des affaires en Europe avec des entreprises européennes qui font des affaires ici, explique M. Achard. Ces gens aiment partager leurs expériences, leurs contacts. Nous comptons beaucoup sur la mise en réseau et c’est pour cette raison aussi que nous aimons accueillir toutes les PME axées sur l’international, que leur chiffre d’affaires soit de 2 ou de 200 millions. »

« Le Québec a la chance d’avoir un écosystème important en matière d’exportation, qui inclut les secteurs privé et public, affirme Véronique Proulx. Les ressources sont au rendez-vous pour soutenir les exportateurs, alors ils ont tout avantage à en profiter afin d’arriver à se positionner rapidement et avantageusement dans ce nouveau marché ouvert. »

Le défi de la main-d’œuvre

Toutefois, les entreprises manufacturières ont un défi de taille à surmonter pour réaliser leurs projets de croissance et d’exportation : la main-d’œuvre se fait rare alors que le Québec atteint pratiquement le plein emploi.

« Dans les grands centres urbains comme Montréal et Québec, la difficulté de recruter de la main-d’œuvre spécialisée pour assurer la production est un enjeu majeur, constate Véronique Proulx. Dans les régions éloignées, les besoins sont encore plus criants. Lorsqu’on fait le tour du Québec, c’est l’enjeu de croissance numéro un. »

En plus de déployer différentes stratégies de recrutement, plusieurs entreprises se tournent vers le développement des compétences de leurs employés.

« C’est une bonne idée, affirme Mme Proulx. Les entreprises choisissent des employés moins qualifiés, les forment et peuvent ensuite leur donner des postes plus intéressants et mieux rémunérés. Par contre, assez rapidement, elles réalisent qu’elles manquent de main-d’œuvre pour les emplois moins qualifiés dans ce contexte de plein emploi. »

Investir en innovation et en automatisation

L’innovation et l’automatisation des opérations sont aussi des solutions pour pallier le manque de main-d’œuvre. Aux yeux de Stéphane Achard, c’est même une nécessité aujourd’hui.

« Avant, on voyait les dirigeants d’entreprises investir dans des équipements pour augmenter la productivité, explique-t-il. Maintenant, ils investissent dans des machines beaucoup plus sophistiquées qui viennent littéralement remplacer de la main-d’œuvre.»

« On tire encore un peu de la patte lorsqu’on se compare avec d’autres pays de l’OCDE parce qu’on a du retard à rattraper en matière de pratiques innovantes, constate Véronique Proulx. Mais nous avons fait beaucoup de sensibilisation dernièrement avec le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, notamment en créant l’initiative Manufacturier innovant, pour aider les entreprises à devenir plus productives et concurrentielles à l’échelle nationale et internationale. Tout est en place pour mettre les bouchées doubles. »

Mobilité de la main-d’œuvre

L’ouverture des marchés est aussi intéressante du point de vue de la main-d’œuvre.

« Il arrive que des entrepreneurs mettent le pied dans un pays pour signer un contrat, puis qu’ils y rencontrent des gens et finissent par recruter de la main-d’œuvre qu’ils ramèneront ici, remarque M. Achard. L’AÉCG simplifie cette mobilité de la main-d’œuvre. Il faudra toutefois que les corps professionnels ici s’assurent de faciliter les processus de reconnaissance des compétences. »

Il sera également plus facile pour les employeurs d’offrir des stages et d’envoyer leurs employés se faire former à l’étranger sur des périodes prolongées.

« C’est intéressant, parce qu’on voit dans certains domaines que des formations bien précises ne sont pas offertes ici », ajoute Véronique Proulx.

Du financement accessible

L’initiative Manufacturier innovant propose des programmes pour financer les entreprises qui souhaitent innover, du début de la démarche à la réalisation de leur projet.

Du point de vue du banquier, ces projets sont aussi très intéressants à financer.

« Nous avons développé une relation privilégiée avec le secteur manufacturier puisque, contrairement au secteur des services, il nécessite beaucoup de capitaux pour ses usines et ses équipements, explique Stéphane Achard. De plus, on sait très bien que ces équipements innovants ont une bonne valeur et que ces projets sont porteurs pour les entreprises. Il arrive même souvent qu’on finance ces projets à 100 %. »

La Banque Nationale peut aussi accorder du financement à ses clients pour qu’ils réalisent des projets de croissance à l’étranger.

« On peut également les recommander à nos partenaires locaux, ce qui facilite énormément les choses pour eux », ajoute M. Achard.

De plus, il existe de nombreux outils pour aider les PME à gérer les risques liés aux taux de change lorsque leurs activités se diversifient sur les marchés, comme l’opération de change à terme qui protège le taux de change initial à 100 %, ou une option sur la devise qui assure un taux plancher ou un taux plafond.

« On voit d’ailleurs que les entrepreneurs s’y intéressent particulièrement lorsque le dollar canadien traverse des périodes de fluctuations », indique M. Achard.

Une analyse structurée des marchés

Le financement et les outils sont entièrement disponibles, mais encore faut-il connaître le bon marché où commercialiser ses produits. Pour aider les entreprises à faire des choix éclairés, MEQ réalise des analyses de marché avec elles.

« Nous regardons plusieurs éléments en amont avec l’entreprise, comme la clientèle visée, la taille du marché, quel pourrait être le réseau de distribution et la concurrence qui y est établie, explique Véronique Proulx. L’objectif est d’identifier les pays qui donneront le meilleur retour sur l’investissement. Opter pour une démarche structurée permet d’avoir de meilleures chances de succès. »

À la Banque Nationale, on remarque toutefois que les entrepreneurs savent maintenant beaucoup mieux qu’avant quels sont les meilleurs marchés à développer pour eux.

« Ils vont dans des salons internationaux, ils s’informent énormément et voient les occasions, affirme M. Achard. Plusieurs nous arrivent et sont déjà prêts à aller de l’avant. »

Ainsi, une fois que les détails de l’AÉCG seront mieux connus des entreprises manufacturières québécoises, plusieurs pourront certainement trouver une façon d’en tirer profit. Que ce soit pour former son personnel, recruter de nouveaux candidats, séduire un nouveau marché, ou ouvrir une usine en Europe. Quelle sera votre façon de profiter de l’AÉCG?

Édité le 27 septembre 2017

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