Comment devenir travailleur autonome

Comment devenir travailleur autonome
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Vous avez un projet qui vous tient à cœur? Envie de relancer votre carrière? Renouer avec vos rêves professionnels peut-être? Dans ce cas, devenir travailleur autonome est peut-être la solution. C’est toutefois un changement majeur qui requiert un minimum de planification et d’agilité. Voici quelques conseils et pistes de réflexion pour vous aider à prendre une décision éclairée.

Même s’il n’était pas salarié, Mathieu Potvin, 32 ans, jouissait d’une certaine stabilité lorsqu’il était encore recherchiste à la télévision. «Dans ce domaine, on peut décrocher des contrats qui durent plusieurs mois. Pendant cette période, on touche alors une paye aux deux semaines, comme des employés ‘’ordinaires’’», explique-t-il. Il aurait donc pu poursuivre cette vie professionnelle, mais c’était sans compter la passion qui l’animait depuis son plus jeune âge : le dessin.

«J’ai toujours dessiné pour mon plaisir personnel, mais il y a quelques années, j’ai illustré le livre jeunesse d’une amie et cela a été le déclic. Cela m’a ouvert des portes dans le milieu et j’ai même gagné un prix pour mon travail dans cet ouvrage.» Depuis un peu plus de quatre ans maintenant, il se consacre entièrement ou presque à l’illustration.

Autre histoire, même décision : Maelle Lebras, 35 ans, est devenue travailleuse autonome il y a quelques mois à peine. Auparavant, elle œuvrait pour une agence de marketing, mais sa fibre entrepreneuriale la titillait… «J’ai entamé une démarche avec un conseiller d’orientation pour savoir où j’en étais. J’ai constaté que le problème ne venait pas de mon métier en tant que tel, mais plutôt de la façon dont je l’exerçais en agence. Le choix est alors devenu clair : je devais me lancer en affaires pour faire les choses à ma façon.» Depuis, elle aide les petites entreprises et les start-ups à se positionner sur le plan marketing en prodiguant de l’accompagnement stratégique.

Ce goût de la liberté, cette envie d’être son propre patron, c’est également ce qui a poussé Mathieu Blanchet à se lancer. Jusqu’en 2015, ce directeur artistique de 35 ans était employé dans une agence. «J’ai eu envie de travailler pour moi, se souvient-il. Alors un matin, je suis allé voir mon employeur et je lui ai annoncé que je démissionnais pour partir à mon compte.» Depuis, il cumule les contrats et ne regrette pas une seconde d’avoir pris cette décision.

Les avantages de devenir travailleur autonome

Mathieu Potvin, Maelle Lebras et Mathieu Blanchet ne sont pas des exemples isolés : au Québec, selon les dernières statistiques, c’est environ 555 200 personnes qui ont pris la voie du travail autonome, sur un total de 4,1 millions de travailleurs .

Si le choix s’impose parfois de lui-même (le manque de postes dans son domaine peut pousser à créer son propre emploi), reste que de nombreux travailleurs autonomes ont pris cette décision sans y être forcés par les circonstances. Il faut dire qu’être son propre patron ne manque pas d’attraits : «En plus de bénéficier d’un horaire flexible, on peut explorer davantage les domaines qui nous intéressent», avance par exemple Mathieu Blanchet.

«Je bénéficie d’une plus grande autonomie et je peux organiser mes journées à ma guise», renchérit Mathieu Potvin. «J’aime aussi le fait d’avoir des mandats variés, ça change tout le temps, on ne s’ennuie jamais. Cela me maintient vivant sur le plan créatif, c’est très stimulant».

De son côté, Maelle se réjouit d’avoir la possibilité d’organiser son travail à sa façon : «Ce n’est pas une simple relation client-fournisseur, j’essaie d’instaurer un véritable climat de collaboration et de cocréation. Cela me donne une grande liberté, à la fois professionnelle et personnelle», affirme-t-elle, ajoutant qu’elle se sent également plus investie et dédiée à sa tâche, puisqu’elle est son propre patron : «On se donne à fond quand on travaille pour soi!»

Être son propre patron n’est pas toujours rose

Pour autant, il ne faut pas idéaliser le travail autonome. Comme toute médaille, celle-ci a son revers. «On porte nécessairement plusieurs chapeaux, prévient ainsi Sylvain Chartier, planificateur financier chez Banque Nationale Gestion privée 1859. Pour s’assurer d’avoir suffisamment de contrats, on doit aussi faire du développement d’affaires. Or, même si on est un très bon professionnel, on n’a pas toujours le talent de se vendre. Maelle confirme : «Cela demande beaucoup d’énergie, car on doit non seulement réaliser les contrats que l’on a déjà, mais aussi en chercher d’autres…»

Bref, il ne faut pas compter ses heures : les indépendants travaillent souvent davantage qu’à l’époque où ils étaient salariés et qu’ils «débranchaient» dès la sortie du bureau.

C’est pourquoi la gestion des comptes clients et du fonds de roulement est souvent un élément déterminant du succès. «On doit effectuer un suivi serré, relancer les clients pour le paiement des factures… insiste Mathieu Blanchet. Et attention à ne pas oublier de mettre de l’argent de côté pour payer ses impôts! On peut avoir toute une surprise au moment de sa déclaration.» La conséquence, comme l’explique Mathieu Potvin, c’est qu’on «est toujours en train de courir après son argent. (…) Heureusement, j’ai la passion, c’est ce qui m’aide à continuer.»

Les qualités d’un bon travailleur autonome

Le travail autonome n’est donc pas fait pour tout le monde. Ceux qui réussissent à tirer leur épingle du jeu ont un profil particulier, une attitude qui se rapproche de celle de l’entrepreneur. Tout d’abord, un travailleur autonome doit faire preuve de discipline et d’un bon sens de l’organisation pour mener tous ses mandats à bien en respectant les échéanciers. L’autonomie et la polyvalence sont également essentielles : en l’absence de patron ou de supérieur pour se couvrir en cas de difficulté, on ne peut compter que sur soi. Il ne faut pas non plus oublier de rester proactif pour saisir les opportunités et dénicher de nouveaux contrats. Ajoutez à ce cocktail de qualités une bonne résistance au stress, la capacité à gérer l’insécurité et l’inconnu, l’ardeur au travail, la débrouillardise et la volonté de toujours maintenir ses connaissances à jour, et vous obtenez la recette du travailleur autonome idéal.

Comment démarrer cette nouvelle carrière

Faire le grand saut ne demande pas que des qualités : il faut aussi un parachute. Ça signifie d’abord de préparer minutieusement un plan d’affaires qui détaille son projet. Ce fil conducteur stratégique servira aussi bien à garder le cap qu’à demander un prêt de démarrage à une institution financière. «Je recommande également de se constituer un coussin de sécurité financier, ajoute Sylvain Chartier. L’équivalent de trois mois de dépenses qui permettront de voir venir s’il n’y a pas beaucoup d’entrées de fonds. Cela peut être une bonne idée de déposer ces liquidités dans un CELI. En revanche, ne puisez pas dans vos REER : ces sommes seraient imposables et vous perdriez aussi vos droits de cotisations.»

Pour assurer un bon roulement de fonds, une gestion financière attentive sera évidemment indispensable. Cela veut dire à la fois d’être rigoureux sur la facturation (demander des paiements sur livraison, numéroter les factures, imposer des modalités de paiement et des pénalités en cas de retard…), mais aussi de respecter son budget. La clé? Être économe et savoir résister à l’envie de dépenser quand les entrées d’argent augmentent.

Bref : avoir envie de se lancer c’est bien ; avoir un plan pour le faire c’est mieux. Pour ce faire, voici sept conseils que tous les aspirants travailleurs autonomes doivent absolument retenir. Ils ne sont pas une garantie de succès, mais ils permettent de mettre toutes les chances de votre côté :

  1. Sachez bien vous entourer : un comptable pour les finances et la fiscalité, un avocat ou un notaire pour les questions légales, un spécialiste en marketing web pour votre site Web et votre présence sociale, etc.
  2. Cherchez de l’aide : plusieurs organismes peuvent vous aider à démarrer du bon pied. Pour obtenir des conseils et parfois du financement, renseignez-vous auprès de votre centre local de développement ou d’autres organismes dédiés à l’entrepreneuriat.
  3. Développez l‘art du réseautage : Entretenir un bon réseau professionnel, ça paie toujours à long terme. Apprendre à cibler les bonnes personnes et les bons événements (conférences, salons professionnels, événements des chambres de commerce ou d’associations professionnelles), c’est l’assurance d’identifier des opportunités et d’entamer des collaborations fructueuses. Voici comment faire…
  4. Pensez aux taxes : dès que vos revenus dépasseront 30 000 $ sur douze mois consécutifs, vous devrez vous inscrire aux fichiers de TPS et TVQ. Dès lors, il faudra facturer ces taxes à vos clients puis en retourner une partie au gouvernement à intervalles réguliers. Vous pourrez toutefois déduire 100 % de certaines taxes reliées aux achats et dépenses de l’entreprise, un avantage quand on doit s’équiper et s’outiller.
  5. Déduisez : vous pourrez déduire un certain nombre de dépenses dans votre déclaration d’impôt, par exemple les frais de représentation, de déplacement, de restaurant, d’équipement de bureau, etc. Conservez vos factures!
  6. Protégez-vous : Pensez à vous protéger avec des assurances appropriées : invalidité, maladie grave, assurance-prêt, etc
  7. Anticipez : N’oubliez pas que vous êtes seul pour constituer votre fonds de retraite. Soyez prévoyant et organisez-vous un plan d’épargne CELI et REER.

Édité le 15 août 2017

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