Comment être un bon leader

Comment être un bon leader
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L’entrepreneuriat est un monde où les défis et les échecs sont monnaie courante. Les vrais leaders s’en sortent grâce à une vision, une détermination et une persévérance qui forcent l’admiration. Comme c’est le cas de Louis Garneau, une des personnalités d’affaires les plus inspirantes du Québec.

C’est l’histoire d’un petit gars de Saint-Augustin-de-Desmaures, qui est devenu un champion cycliste avant d’être un entrepreneur à succès. Louis Garneau, 59 ans, est aujourd’hui à la tête d’une entreprise de près de 500 employés, dont plus de 250 au Québec. Une entreprise qu’il a bâtie à la force de son poignet.

Le champion de vélo, amoureux d’arts plastiques et de design, a lancé son entreprise de vêtements pour les sportifs dans le garage de la maison de ses parents, en 1983, un an avant qu’il abandonne la course cycliste. Les cinq premières années ont été difficiles. « On n’avait pas d’argent. Ma femme, Monique Arseneault, travaillait dans l’entreprise la journée et comme infirmière le soir », se souvient l’entrepreneur.

Pourtant, les ventes allaient bien et la société grandissait au point d’emménager dans des locaux plus grands et de construire une usine en 1989, puis une autre aux États-Unis en 1990. Mais comme c’est le cas de toute entreprise en croissance, Louis Garneau a été confronté au manque de trésorerie. Il a dû vendre une partie de sa compagnie à des investisseurs pour avoir plus de liquidités et financer le développement. Il est redevenu l’unique propriétaire en rachetant les parts des investisseurs cinq ans plus tard.

Dès que la question financière a été résolue, il a pu diversifier sa gamme de produits, une stratégie pour continuer de faire croître la société. Après les vêtements sportifs, Louis Garneau s’est donc lancé dans les casques, puis dans les accessoires pour cyclistes. Il a fini par mettre en marché des vélos à partir de l’an 2000. Son but : « Offrir la solution cycliste de A à Z avec une seule marque », explique-t-il.

Le vélo comme apprentissage de l’entrepreneuriat

Louis Garneau avait beau ne pas venir d’un milieu entrepreneurial, il avait toutes les qualités pour devenir un entrepreneur d’exception. D’abord, le jeune Garneau avait soif de réussir. Ensuite, la découverte du cyclisme et des courses à l’âge de 12 ans a changé sa vie et a peut-être été le meilleur entraînement pour l’entrepreneuriat. « J’ai souffert. J’ai appris à résister à de grands stress, à m’organiser seul, à voyager », se remémore Louis Garneau.

Le parcours d’un chef d’entreprise n’est jamais dépourvu d’embûches. Mais Louis Garneau avait aussi appris que l’échec est un passage obligé. « C’est comme au vélo : on ne gagne pas toutes les courses », reconnaît l’entrepreneur. Il aime rappeler qu’il a « remporté 125 courses, mais en a perdu 500. »

À travers cela, il a appris à « ne jamais abandonner », sa devise. « J’ai des moments de découragement, c’est sûr et je sais renoncer quand continuer serait une erreur. Mais je n’abandonne jamais. Comme au vélo », confie Louis Garneau. Preuve de sa capacité à ne pas s’entêter et à dépasser l’échec, le chef d’entreprise a stoppé ses activités en France au bout de quelques années quand il s’est rendu compte que les résultats escomptés n’étaient pas au rendez-vous malgré ses efforts. Il a mis plusieurs années à retrouver la confiance après cet épisode, mais n’a jamais abandonné l’aventure.

Ce qui fait sa force, outre son caractère déterminé et son sens des affaires, c’est qu’il a su s’entourer. Autre apprentissage de ses années de cycliste. « On ne gagne rien tout seul dans la vie. J’ai autour de moi des gens plus forts dans les domaines où je suis plus faible. Comme dans une course de vélo : on n’est pas seul », souligne Louis Garneau.

L’entrepreneur tient également son leadership de sa créativité et de son sens de l’innovation, qui le poussent à continuellement faire évoluer son entreprise, actuellement dans une grande phase de numérisation. Sa personnalité rassembleuse lui vaut aussi la mobilisation de ses employés avec lesquels il va régulièrement faire du vélo. « Un leader, c’est quelqu’un qui est audacieux, visionnaire, stratégique, persévérant », affirme Louis Garneau.

Le leadership, « un équilibre entre la tête, le cœur et le courage »

Le secret de la réussite de Louis Garneau, selon Éric Brunelle, professeur agrégé au département de management de HEC Montréal, tient en quelques piliers : « Il est cohérent, fidèle à lui-même, passionné, il connaît ses forces et ses faiblesses ».

Comment reproduire ce modèle ?

D’abord, il faut bien comprendre de quoi est constitué le leadership : c’est l’équilibre entre « la tête, le cœur et le courage. » La tête, c’est « la capacité de vision, de voir les opportunités où les autres voient des problèmes, de prioriser ». Le cœur, c’est « la capacité à mobiliser les autres, à être empathique, à créer le sentiment de cohésion ». Enfin, le courage est indispensable car « il faut savoir prendre des décisions, dire non, rester fidèle à soi-même et travailler fort ».  Chaque composante est nécessaire pour constituer un bon équilibre général et voir émerger le leadership.

« Cet équilibre entre les trois composantes du leadership est propre à chacun, souligne Éric Brunelle. Certains auront plus de tête et de cœur et moins de courage. Pour d’autres, c’est le cœur qui sera plus faible. » C’est toutefois possible de développer l’une ou l’autre des composantes.

Apprenez à vous connaître

« On gère comme on est, affirme l’expert. Pour être un bon leader, il faut bien se connaître. Pour cela, le point de départ, c’est de vouloir apprendre sur soi. »

Il est certain que la démarche d’introspection demande humilité et courage et qu’elle suppose une remise en cause initiale. Tout en ayant confiance en ses capacités, il ne faut pas être trop sûr de soi pour pouvoir l’engager. « Le doute, sans qu’il paralyse, est important pour un entrepreneur », affirme Éric Brunelle. L’introspection est essentielle car elle permet de connaître mieux ses forces et ses faiblesses, de comprendre ses réactions, ses défis et ainsi d’agir en conséquence.

Apprendre à se connaître peut se faire grâce à l’aide d’un coach, ou se mener seul. « Un entrepreneur peut écrire pour s’auto-développer. Il peut noter dans un cahier ce qu’il s’est passé dans la journée. Par exemple, s’il y a eu un conflit avec un employé, il peut raconter l’événement à chaud et le relire plusieurs jours plus tard. Avec la distance, il va apprendre de la situation pour qu’elle ne se reproduise pas », explique Éric Brunelle.

Soyez sensible à votre angle mort

Une fois que vous vous connaissez bien, misez sur vos forces, comme Louis Garneau. Mais prenez aussi en compte vos faiblesses. Sur les trois composantes du leadership, sachez identifier laquelle est la moins forte dans votre cas. Cela sera « votre angle mort », avertit le professeur.

Il faut toujours l’avoir en tête et agir en conséquence. Par exemple, « Louis Garneau sait qu’il a toujours plein d’idées mais parfois du mal à gérer le flux et les organiser. Sa femme, dotée d’un caractère différent, l’aide à garder le focus », raconte Éric Brunelle.

Il est effectivement possible de s’entourer de personnes aux qualités complémentaires pour pallier sa propre faiblesse ou de travailler sur soi pour s’améliorer.

Faites ce que vous aimez

Un des facteurs importants du succès de Louis Garneau, estime Éric Brunelle, c’est qu’il entreprend dans un domaine qui le passionne et qu’il connaît bien. « Sa passion est inspirante et permet d’engager tout le monde avec lui », poursuit l’expert. Dans le domaine du cyclisme, Louis Garneau est capable d’avoir une bonne vision, d’établir des stratégies performantes et de mobiliser ses employés.

Cela n’empêche pas de faire des erreurs, bien sûr, mais le doute et le courage évitent de s’obstiner dans une mauvaise voie et permettent d’être capable de le reconnaître, de faire marche arrière et de dépasser l’épreuve pour continuer l’aventure entrepreneuriale.

Le leadership est donc un équilibre que l’on trouve lorsque l’on se connaît bien. Pour être un bon leader, il faut avoir le courage de lire en soi, d’être en cohérence avec ce qui on est et de reconnaître ses faiblesses. C’est ensuite dans l’action que l’on se forge. Tant dans les succès que les échecs.

 

Éric Brunelle est professeur agrégé au département de management de HEC Montréal. Il était jusqu’à tout récemment directeur et rédacteur en chef de la revue Gestion. Son expertise est régulièrement mise à profit dans les milieux d’affaires où il enseigne et anime des séminaires portant sur le leadership et sur le e-leadership. Il est coauteur de 3 livres, plus de 20 articles à caractère scientifiques et de plus de 25 monographies présentant la vie et les réflexions de personnalités reconnues comme étant de grands leaders. Ses recherches actuelles portent les dynamiques de leadership, sur la personnalité des leaders et sur l’impact de la distance dans les pratiques de direction de personnes et l’exercice du leadership.

 

Édité le 2 novembre 2017

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