Faiblesse du dollar canadien : défis et occasions à saisir

Faiblesse du dollar canadien : défis et occasions à saisir
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Malgré la récente remontée du huard, la faiblesse du dollar canadien demeure un facteur important dans les affaires courantes des entreprises. Si la période comporte son lot de défis, elle offre aussi des occasions d’affaires. Petit tour d’horizon.

 

Pourquoi le dollar baisse-t-il ?

La dégringolade du prix du pétrole est l’un des facteurs qui plombe le dollar canadien. « Depuis les années 1980-1990, notre monnaie est très influencée par les coûts de l’énergie, parce que le Canada en exporte », explique Nicolas Vincent, professeur au Département d’économie appliquée de HEC Montréal. Alors que le pétrole est à son plus bas niveau depuis 2003 avec un prix du baril inférieur à 30 $, la situation est en effet préoccupante.

Cependant, ce n’est pas le seul élément qui influe sur la monnaie canadienne. « La chute du huard est prononcée par rapport au dollar américain, mais c’est moins vrai si on le compare à l’euro ou au yen, par exemple », mentionne Nicolas Vincent. Car le billet vert s’est beaucoup apprécié durant les derniers mois, soutenu par la reprise de l’économie américaine. Troisième élément qui contribue à miner le dollar canadien : la grande volatilité des investisseurs qui se tournent vers des actifs plus sûrs.

« Ils délaissent des pays comme le Canada, car il y a peu d’appétit pour le risque sur le marché actuellement », indique Nicolas Vincent.

Est-ce là pour durer ?

Notre monnaie va-t-elle continuer à naviguer dans de telles zones de turbulence ? Les experts s’entendent pour dire que les variations du taux de change sont toujours difficiles à prévoir, car elles dépendent de quantité de facteurs. « Si l’on se fie notamment à l’évolution historique du dollar canadien, la valeur d’équilibre tournerait davantage autour de 0,85 $ à 0,92 $, estime pour sa part Nicolas Vincent. Lorsque le huard était à parité avec le dollar américain, c’était une anomalie et non pas une situation normale. »

Stéfane Marion demeure lui aussi prudent dans ses prévisions : « Les spéculateurs continuent d’avoir une vision pessimiste de notre dollar, non seulement à cause des faibles cours du pétrole, mais aussi parce qu’ils s’interrogent sur la résilience possible de notre économie canadienne. Il faudra donc sans doute continuer à composer avec la volatilité de la monnaie pendant plusieurs mois ».

Les gagnants…

Qui sont les grands gagnants de la dépréciation de la monnaie canadienne ?

Sans nul doute, le secteur du tourisme profite pleinement de la situation, le faible dollar attirant les visiteurs de l’extérieur, notamment en provenance des États-Unis. Les entreprises exportatrices voient aussi d’un très bon œil un huard faible, car cela les rend très concurrentielles. « Les exportations ont atteint un volume jamais égalé. L’embellie devrait se poursuivre si l’économie de nos voisins du Sud continue sur sa lancée », souligne Stéfane Marion.

Il ajoute que pour beaucoup d’entreprises, la hausse de la demande de leurs produits s’est faite de façon si brusque que certaines ont eu du mal à ajuster rapidement leurs tarifs afin de maintenir une marge bénéficiaire stable.

Cependant, si une entreprise exportatrice doit également importer des produits, le bilan sera moins favorable. « Les effets positif et négatifs sont imbriqués. En fin de compte, le bénéfice net pourrait être moins accentué que ce à quoi on s’attendait », nuance Nicolas Vincent.

Et les perdants…

Un dollar canadien faible fait grimper le coût des importations. Par conséquent, la période n’est pas favorable pour les entreprises du secteur manufacturier qui souhaiteraient acheter des équipements afin de se moderniser et d’améliorer ainsi leur compétitivité.

« Le Canada fabrique peu d’équipements et beaucoup nous viennent des États-Unis, de l’Allemagne ou du Japon. Ces investissements vont donc coûter plus cher… ou être carrément reportés », indique Nicolas Vincent. Le moment aurait été mieux choisi lorsque le dollar canadien était à parité avec le billet vert, mais les entreprises ne semblent pas avoir effectué ce rattrapage à l’époque.

Faut-il s’alarmer de la situation ? Stéfane Marion se fait rassurant : « Bien que l’économie des provinces très dépendantes du pétrole souffrent, comme l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador, globalement le marché du travail au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique se porte bien.

L’emploi à temps plein y a même atteint des niveaux historiques », fait-il valoir. Une bonne nouvelle qui aide à remettre les choses en perspective.

5 conseils pour les entrepreneurs en période de dépréciation de la monnaie

  • Mettre en œuvre un plan stratégique à moyen et long terme.
  • Être proactif et penser plusieurs coups à l’avance pour éviter de se retrouver dans une position réactive.
  • Mettre en place une stratégie conservatrice arrimée sur ses priorités et objectifs d’affaires afin de protéger ses marges bénéficiaires.
  • Structurer ses activités en compensant le coût des importations par le développement de ses exportations (hedging).
  • Consulter un expert en commerce international et en gestion de risques auprès de son institution financière.

Édité le 13 juillet 2017

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