Cent fois sur le métier remettez votre… start-up

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« Les échecs n’ont pas d’importance; il suffit d’avoir raison une fois. » Trois fondateurs de start-up d’ici nous expliquent comment cette phrase de Drew Houston, cofondateur de Dropbox, fait écho à leur propre expérience.

Dans un discours prononcé à la collation des grades du Massachusetts Institute of Technology en juin 2013, Drew Houston racontait ses premières aventures entrepreneuriales infructueuses pour faire valoir que les échecs, qui sont autant de taches dans un parcours d’étudiant, n’ont guère d’importance dans la vie professionnelle. Il faut prendre des risques, quitte à trébucher en cours de route, pour arriver à ses fins.

Trois entrepreneurs d’ici nous parlent de leur rapport à l’échec et de la persévérance nécessaire pour réussir dans l’univers houleux des start-up.

 

Viser des hauts plus hauts et des bas moins bas

Aujourd’hui à la tête de Crew, Stephanie Liverani et son mari, Mikael Cho, ont connu des débuts difficiles en affaires. Admis dans la cohorte 2012 de l’accélérateur FounderFuel, ils ont trimé dur pour en sortir avec un projet potentiellement viable: une plateforme pour développeurs d’applications semblable à Kickstarter, nommée Ooomf.

« Je suis actuaire de formation, et Mikael est un Américain qui a étudié en psychologie: nous avions tout à apprendre sur le démarrage d’une entreprise et sur le milieu des technologies à Montréal », se rappelle Stephanie Liverani.

La plateforme n’a pas connu le succès espéré. « Nous nous battions pour continuer d’exister. Nous nous encouragions, justement, en nous répétant: “Il suffit d’avoir raison une seule fois.” »

En 2013, le couple a tenté une dernière manœuvre pour éviter le naufrage: opérer un pivot vers la mise en relation de développeurs et de designers de projets web triés sur le volet.

Depuis, la start-up rebaptisée Crew connaît un succès éclatant. Après deux rondes de financement qui lui ont permis de recueillir au total plus de 10 millions de dollars, Crew a ouvert au printemps dernier le Crew Collectif & Café dans un édifice majestueux du Vieux-Montréal.

Mais cette croissance n’a pas été sans difficultés. Après avoir levé autant d’argent, les cofondateurs sentaient une pression à recruter rapidement pour se conformer au modèle de la start-up à succès. « En quelques mois, nous sommes passés de 8 à 22 employés. J’avais largement sous-estimé toute la structure qu’il fallait mettre en place pour gérer cette croissance », admet la chef des opérations de Crew. Elle voit néanmoins dans cette expérience un échec formateur, puisqu’elle a appris depuis à mieux cibler ses embauches.

« Nous avons encore et nous aurons toujours des hauts et des bas, dit-elle. Mais nous tâchons d’atteindre des hauts toujours plus hauts, et des bas moins profonds. »

 

Apprendre à vivre avec l’échec

Quand Dominic Pilon a lancé sa maison de production artistique il y a dix ans, ses proches s’inquiétaient du risque qu’il échoue… et le temps leur a donné raison. Malgré cette mésaventure qu’il considère comme son plus grand échec, le biochimiste de formation a persévéré dans la voie entrepreneuriale. Après avoir mis sur pied une boîte de technologies interactives (vendue en 2015), il est aujourd’hui président cofondateur du commerce en ligne de produits écologiquement responsables Viosimo. « Je ne me verrais pas faire autre chose qu’être entrepreneur », avoue-t-il.

La peur de l’échec? Il affirme ne l’avoir jamais ressentie. Son rapport à l’échec s’est néanmoins transformé au fil de son parcours: « Ma première entreprise, c’était mon bébé. Pas les suivantes. Avant, les échecs m’atteignaient beaucoup. Aujourd’hui, je m’implique encore à 100%, mais j’ai appris à me détacher émotionnellement. »

L’échec est selon lui un mal nécessaire dans la vie d’un entrepreneur:

« Tu ne réussiras pas du premier coup, c’est sûr! Aucun plan d’affaires ne se réalise tel quel. » À ses yeux, ce sur quoi il faut « avoir raison », pour reprendre les mots de Drew Houston, n’est pas l’idée à la base de l’entreprise: « Tout le monde a des idées. Ce qui compte, c’est de trouver la façon de mettre en œuvre son projet. C’est là qu’il faut être persévérant. »

 

Multiplier les petits échecs pour éviter les grands

Mathieu Lachaîne ne craint pas l’échec lui non plus. Cet expert en sécurité informatique dont Ubios est la sixième entreprise – il a vendu les précédentes – croit comme Drew Houston qu’il faut essayer encore et encore, jusqu’à trouver la bonne approche. Qu’il s’agisse du modèle d’affaires, de la clientèle cible ou de la façon de livrer le message, « toute l’approche start-up repose sur l’idée de faire plusieurs tests, le plus rapidement possible, au plus bas coût possible », dit-il.

Ainsi, après avoir constaté qu’il retenait peu l’attention en présentant son produit sous l’angle des économies d’énergie, il a concentré le message sur la prévention des dégâts d’eau, principale source de réclamations en assurance habitation. Dans le même esprit, il a changé de clientèle cible, passant des propriétaires de maisons individuelles aux gestionnaires d’immeubles pour finalement cibler surtout les présidents de syndicats de condos, une clientèle qui, espère-t-il, fera croître Ubios plus rapidement.

« Il faut se créer de petits échecs pour éviter d’en rencontrer des grands », résume-t-il.

Et si jamais la start-up n’arrive pas à trouver sa place dans le marché de l’Internet des objets? « Ma mission personnelle est de réduire les gaz à effet de serre et de démocratiser la technologie pour le faire. Si ce projet précisément ne marche pas, je vais chercher d’autres façons d’y arriver », affirme-t-il.

Édité le 2 novembre 2017

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