« Ce qui m’a surpris en travaillant au Canada »

« Ce qui m’a surpris en travaillant au Canada »
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Quand on arrive dans un nouveau pays, la période d’adaptation est inévitable: on découvre une nouvelle culture, parfois une nouvelle langue. Le monde du travail à lui seul constitue un défi, car il comporte ses propres codes. Regards croisés de travailleurs immigrants.

Natali est Colombienne. Arrivée au Canada il y a 4 ans avec 8 ans d’expérience en génie industriel, elle travaille depuis 2 ans comme ingénieure dans une fonderie d’acier de l’Est de Montréal.

Alexandre est Français. Arrivé au Canada il y a 10 ans après avoir travaillé en France comme consultant informatique, il est aujourd’hui directeur des opérations dans une entreprise de Montréal.

Informaticien également, Yoel est d’origine cubaine. Il a travaillé pendant 15 ans au Royaume-Uni avant de s’installer à Toronto l’an dernier.

Fatiha vient d’Algérie. Chercheuse en biomédecine, elle s’est établie au Québec il y a 17 ans, après 15 ans de travail en Algérie et une année de formation en France.

Les quatre ont accepté de nous parler des différences entre le milieu de travail canadien et celui de leur pays d’origine.

 

La hiérarchie et les diplômes

« En Colombie, le président est là… dit Natali en pointant tout en haut. Et nous, on est là (tout en bas). Ici, les gens peuvent fraterniser avec leur patron. » Fatiha acquiesce: « Je vois une nette différence avec l’Algérie, et même la France. Ici, les rapports hiérarchiques sont moins formels. On peut tutoyer son patron, et l’accès est beaucoup plus direct. »

Alexandre, qui n’a pas remarqué une grande différence à cet égard, note cependant que les employeurs d’ici accordent plus d’importance à l’expérience qu’aux diplômes: « En France, on t’embête encore en te demandant ton diplôme après 15 ou 20 ans sur le marché du travail. Ici, l’employeur veut surtout savoir si tu peux faire le travail. »

Fatiha est d’accord: « Il n’y a pas de culture de l’élite, où on t’engage seulement si tu as fréquenté les grandes écoles. Toutefois, l’employeur s’attend à ce que tu sois rapidement fonctionnel. » Yoel, lui, a l’impression que son fort profil académique l’a aidé à obtenir ses premiers emplois. Par la suite cependant, c’est réellement son expérience de travail qui a été déterminante, tant au Royaume-Uni qu’au Canada.

 

L’horaire de travail

Au Canada, les travailleurs passent en moyenne 36 heures au bureau, ce qui est relativement peu quand on compare avec des pays comme la Russie (43 h), l’Argentine (40 h), l’Allemagne (38 h) et même les États-Unis (37 h).1

« Ici, les horaires sont vraiment bien, avoue Natali. En Colombie, je ne savais jamais quand je quitterais le travail. Je pouvais facilement faire douze heures par jour. Si une commande n’était pas prête, on ne quittait pas avant d’avoir fini. Maintenant, je sais à quelle heure je vais sortir de l’usine. C’est une chance, car nous n’avons pas de famille pour nous aider. Je dois être là quand ma fille revient de l’école. »

Alexandre convient que la culture du travail n’est pas la même. « À Paris, on quitte rarement le boulot avant 19 h. Quand c’est le cas, on a l’air d’être un employé démotivé. Ici, c’est tout le contraire: un employé qui n’arrive pas à boucler sa journée de travail dans les temps donne l’impression qu’il n’est pas efficace. »

 

La spécialisation

Natali remarque que les travailleurs canadiens sont souvent très spécialisés et les employeurs à la recherche de candidats aux expertises pointues. Les Colombiens auraient une attitude plus généraliste, selon elle: « C’est bien nous, cela: on est des touche-à-tout. On connaît tout… mais au fond, on ne connaît rien! », lance-t-elle à la blague.

 

La vie en dehors du travail

À savoir si les gens fraternisent autant en dehors du travail, Natali commence par acquiescer: « On est souvent invité à des activités sociales organisées par l’entreprise, comme des 5 à 7. Mais au-delà de ça, les gens n’ont pas tendance à se fréquenter. En Colombie, on se rassemble pour de petites fêtes le week-end. »

Alexandre note que les Canadiens ont tendance à davantage compartimenter leur vie: « Ils ont leurs amis d’enfance, leurs chums de hockey, leurs collègues et leur famille, et tout ce monde se mélange peu ou pas. » Bien qu’il le remarque, il n’y voit rien de négatif…

Yoel, quant à lui, souligne l’ouverture des Canadiens face aux étrangers: « Il y a un contraste avec le Royaume-Uni, où il est parfois difficile de tisser des liens avec ses collègues, surtout lorsqu’on est étranger. »

 

Des différences pas si grandes, en fin de compte

Natali croit qu’il ne faut pas se gêner pour aller vers les autres. À partir du moment où elle a pu maîtriser la langue, elle a rapidement trouvé ses repères comme ingénieure. Fatiha souligne quant à elle que plusieurs milieux de travail sont déjà multiculturels et « multiâge », ce qui facilite grandement l’intégration.

Pour Alexandre, un Français qui a la volonté de s’intégrer n’aura pas de problème à le faire: « Je ne vois pas de différences culturelles majeures. » Même son de cloche de la part de Yoel, qui n’a pas observé d’énormes différences en arrivant à Toronto: « Les collègues sont accommodants, amicaux et faciles d’accès ».

 

Heureux dépaysement

Quand on décide d’immigrer, il faut bien admettre qu’il existe une part d’inconnu. Car on a beau avoir lu des livres ou vu des films sur le pays d’accueil, c’est seulement en y mettant les pieds qu’on apprend réellement à le connaître. D’où les malentendus occasionnels… et les découvertes épatantes.

Avec un peu de chance, il s’agira tout compte fait d’un heureux dépaysement…

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RÉFÉRENCE

(1) Étude de Randstad, « Employer branding – Perception is reality », 2016

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Édité le 25 juillet 2017

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