Bonduelle: un géant innovant de l’agroalimentaire

Bonduelle: un géant innovant de l’agroalimentaire
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Derrière les surgelés Arctic Gardens et ceux des marques maison de nos épiciers se cache un géant de l’alimentation: la multinationale Bonduelle. Comment et pourquoi innover quand on existe depuis 1853, qu’on est actif dans plus de 100 pays, qu’on a un chiffre d’affaires annuel avoisinant les 3,8 milliards de dollars canadiens?

On en discute avec Christian Malenfant, vice-président marketing chez Bonduelle Amériques.

Traditionnellement, la croissance chez Bonduelle passe surtout par les acquisitions. C’est de cette façon que le groupe s’est installé en Amérique du Nord. En 2007, Bonduelle a acheté Aliments Carrière, qui était alors le principal joueur au Canada dans le domaine des légumes en conserve et surgelés. Mais la croissance du groupe passe aussi par sa capacité à innover.

Demande des clients et pression de la concurrence

C’est en partie pour répondre à la demande des marques maison des supermarchés, qui représentent 75 % du chiffre d’affaires de Bonduelle Amériques, que l’entreprise s’est mise en mode « innovation ». « Comme nous sommes un géant, nos clients s’attendent à ce que nous leur offrions des solutions nouvelles », indique Christian Malenfant.

L’innovation a aussi pour objectif de préserver la longueur d’avance de Bonduelle sur les plus petits transformateurs, qui proposent des produits à valeur ajoutée.

Le groupe tente par ailleurs d’arracher des parts de marché à l’offre de légumes frais. « En Occident, 80 à 85 % des légumes sont consommés frais », fait valoir le vice-président marketing de Bonduelle Amériques.

Pas question, donc, de réinventer le petit pois. « On veut préserver au maximum la pureté du légume », souligne Christian Malenfant. Innover, dans ce contexte, consiste à développer des procédés qui préserveront autant que possible l’intégrité du légume.

Revoir les tâches de chaque département

Dans le but d’améliorer sa capacité à innover, Bonduelle Amériques a réalisé il y a deux ans une cartographie de ses processus. L’objectif: optimiser la distribution des tâches en matière de développement de produits.

La démarche a mis en lumière la surcharge du département du marketing. « Nous réalisions des tâches qui auraient dû revenir à la chaîne d’approvisionnement, comme la gestion des inventaires d’emballages », se rappelle Christian Malenfant.

Une fois libérée des tâches qui ne lui revenaient pas, son équipe a pu se concentrer sur ses spécialités, comme la création, les analyses de marché et les présentations aux clients.

Étapes et validation

L’équipe marketing a également mis en place un processus d’innovation basé sur le modèle de l’évaluation par étapes (« Stage-Gate »). « C’est un modèle où on s’oblige à découper les projets en étapes et à insérer un point de contrôle après chacune d’elles », explique Christian Malenfant.

Selon lui, ce modèle a l’avantage d’impliquer la haute direction de l’entreprise dans chaque étape du processus. Il en résulte une visibilité et une crédibilité accrues pour les projets… et des collègues plus aisément convaincus de la pertinence d’y participer.

Trois idées fructueuses

Les épinards surgelés feuille à feuille pour préserver la forme du légume sont l’un des nouveaux produits de cette démarche d’innovation. « C’est un succès chez nos clients aux États-Unis », déclare Christian Malenfant.

Un autre produit de cette démarche d’innovation est quant à lui le résultat, comme bien des inventions, d’un heureux hasard. En cherchant une façon de réduire le volume d’eau nécessaire pour blanchir le maïs, l’équipe de R et D est tombée sur un processus de déshydratation sous vide par micro-ondes. Elle a eu l’idée de l’appliquer aux légumes à forte teneur en eau, comme la courgette et le poivron. « Quand on déshydrate légèrement l’aliment avant de le surgeler, on réduit la formation de cristaux de glace qui détériorent la chair des légumes au moment du dégel », explique Christian Malenfant. Cette technique sous vide donne un beau résultat: des légumes dégelés dont la texture n’a rien à envier à celle des légumes frais et dont la saveur est même plus concentrée, assure-t-il.

Prochaine étape: convaincre les clients, à commencer par ceux du secteur industriel. Or, dans ce secteur, chaque nouvel intrant a un impact sur la méthode de fabrication. « Si le poivron libère moins d’eau sur la pizza, l’ingrédient qui avait jusqu’alors pour rôle d’absorber cette eau risque de donner une pizza sèche, explique Christian Malenfant. Le rôle du marketing est de faire comprendre aux clients les avantages du nouveau produit, mais aussi d’être à l’écoute de leurs besoins, pour les amener à accepter l’innovation. »

Les conseils d’innovation de Christian Malenfant

  • Bien distinguer « avoir des idées » et « innover ». « Avoir des idées peut être un coup de chance. Mais pour innover, il faut se discipliner et passer du temps à développer les idées. Les morceaux de casse-tête vont finir par s’assembler », assure-t-il.
  • Mettre en place des points de contrôle au terme de chaque étape du projet, pour impliquer la haute direction de l’entreprise, obtenir son point de vue et sa caution.
  • Travailler dans un esprit ludique. « Tout le monde est créatif à sa façon! » assure Christian Malenfant.

Édité le 3 mai 2018

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