Diriger un média au 21e siècle : l’expérience de Douglas Soltys

Diriger un média au 21e siècle : l’expérience de Douglas Soltys
Banque Nationale Entreprises, Inspirer Entreprises, Inspirer

Lorsqu’il a racheté Betakit, un média d’information 100% numérique consacré au milieu des start-up et aux technologies, le Torontois Douglas Soltys avait déjà dirigé plusieurs publications du même genre. Alors que l’ensemble du monde des médias était en crise, il savait quelle voie emprunter pour faire de sa propre start-up un succès.

À l’occasion du StartupFest, il partage avec la Banque Nationale quelques éléments de son modèle d’affaires.

Une troisième vie

Le 26 février dernier, Betakit Incorporated soufflait sa première chandelle. Il s’agit de la troisième incarnation de cette publication web. Elle a d’abord été la propriété d’un grand groupe média, avant d’être rachetée par une autre entreprise, pour finalement devenir complètement autonome.

Compliqué ?

« C’est une histoire un peu plus désordonnée que celle de la plupart des entrepreneurs, dit Douglas Soltys. Mais je pense que ça vous donne une bonne idée du type de compagnie que nous sommes. »

Une entreprise dynamique, donc. Même si le mot « survivre » revient à intervalle régulier dans les paroles du rédacteur en chef, les choses vont bien, assure-t-il.

« L’entreprise en tant que tel génère des revenus, paie des employés, survit, et croît. C’est un processus de la survie jusqu’à la réussite. On va continuer ! »

Sortir du modèle traditionnel

Si les affaires vont bien, c’est peut-être parce que Douglas Soltys y consacre l’équivalent de trois emplois à temps plein, dit-il en rigolant. Mais, plus sérieusement, c’est parce qu’il a tout de suite su éviter les pièges qui guettent les jeunes publications.

L’entrepreneur de 33 ans, qui dirige une équipe d’une dizaine d’employés depuis ses bureaux de Toronto, n’a pas voulu fonctionner selon le système habituel des bannières publicitaires. Et pour cause : dans son entreprise précédente, il en a testé les limites. « En 2008, quand la crise financière mondiale a frappé, nous allions très bien, nous étions en croissance, nos publications avaient la cote », dit-il. Mais tous les gens qui nous achetaient des espaces publicitaires ont fait faillite. Nous ne vendions plus notre inventaire, alors nous avons nous-mêmes fait faillite. C’était hors de notre contrôle. »

Dépendre de bannières publicitaires « est un modèle d’affaires qui exige que l’on fasse des publications tout le temps, poursuit M. Soltys. Il faut avoir toujours plus de pages vues. Ça crée une déconnexion entre la qualité du journalisme et les reportages publiés. »

Quelques explications s’imposent. Les acheteurs de publicité numérique paient pour des blocs « d’impressions », facturés généralement à coup de 1000 pages vues. Si une bannière est vue 1000 fois, le site web facture un certain montant. Plus le site web sera fréquenté, plus vite la commande de l’acheteur sera écoulée. D’où la pression, sur l’éditeur, de générer beaucoup de trafic sur son site.

« Quand on en demande toujours plus, et c’est ce que l’on voit dans plusieurs publications, surtout en tech, on se rend compte que le mandat principal ne devient qu’un des aspects parmi d’autres de la couverture, observe Douglas Soltys. Ils écrivent des articles sur des bandes-annonces de films ou des top 10 de ceci et cela, parce qu’ils savent que cela sera partagé. Il a été clair dès le début de Betakit que ce ne serait pas la voie qu’on allait prendre », ajoute-t-il.

Une approche de partenariat pour du contenu riche

« Nous essayons de créer le plus de valeur possible pour notre audience cible, explique Douglas Soltys. La plupart de nos revenus proviennent de partenariats et de commandites. »

Il faut dire qu’en couvrant de façon très spécifique le milieu des start-up, des nouvelles technologies et de l’innovation, Betakit touche un lectorat très ciblé qui partage un certain nombre d’intérêts.

« Nous pouvons alors aller voir des partenaires, qui ont besoin de parler à notre lectorat, et voir avec eux ce que nous pouvons faire pour informer nos lecteurs sur leurs produits et services », dit Douglas.

Mais attention, « nous ne produisons que du contenu de qualité qui est d’intérêt pour nos lecteurs », précise-t-il. Ainsi, pas question de « prendre l’argent des compagnies en se bouchant le nez et en publiant n’importe quoi. Ça fait en sorte que nos partenaires sont contents et, de notre côté, que l’intégrité de notre marque est respectée », ajoute-t-il.

Récemment, Betakit a produit une série de reportages sur la santé mentale, réalisée en collaboration avec une compagnie d’assurance. Le sujet était d’importance à la fois pour le lectorat et pour l’assureur, mais aussi pour l’équipe de Betakit. « Ce n’est pas une publicité », affirme l’entrepreneur. Le traitement du sujet reste purement journalistique.

Betakit produit par ailleurs un podcast dédié au monde des start-up, ainsi que des vidéos et des infolettres dans lesquelles des partenaires peuvent publier du contenu.

Un entrepreneur qui parle des entrepreneurs

Douglas Soltys a connu tous les hauts et les bas de la gestion d’une entreprise, ce qui constitue « un avantage compétitif » pour Betakit, selon lui.

Cela crée « de l’empathie » dans le traitement des sujets. « Les entreprises peuvent se tromper, les choses peuvent mal se passer. On ne cherche pas à être sensationnaliste, on rapporte les choses assez directement, parce qu’on sait ce que c’est que d’être une start-up. »

Faire des reportages sur les start-up lui permet également, ainsi qu’à son équipe, de vraiment comprendre comment les choses se passent dans les entreprises en démarrage. Voire d’éviter les erreurs commises par d’autres.

C’est cette connaissance essentielle du terrain qui lui permet de mener à bien la destinée de Betakit, au-delà de la survie.

Édité le 14 août 2017

Sujets reliés