Fonder… ou reprendre une entreprise?

Fonder… ou reprendre une entreprise?
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Le repreneuriat, qui consiste à racheter une entreprise existante plutôt que de démarrer sa propre entreprise, est une option de plus en plus populaire au sein de la relève entrepreneuriale. Vincent Lecorne, directeur général du Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ), nous explique pourquoi.

Y a-t-il réellement un engouement pour le repreneuriat au Québec?
Vincent Lecorne : Les premières études, en 2005, laissaient entendre qu’à peine 2 % ou 3 % des personnes étaient intéressées, ou même conscientes que la reprise d’entreprise était une option. Et ce, malgré la tendance annoncée du départ massif des chefs d’entreprises du Québec inc. Aujourd’hui, les chiffres les plus récents montrent que 21,2 % de ceux qui songent à se lancer en affaires privilégient cette option. Alors oui, on constate qu’il y a une hausse, et aussi une meilleure compréhension de ce qu’est le repreneuriat.

Quel type d’entrepreneur est attiré par le repreneuriat?
V.L. : A priori, il n’y a pas d’âge. Au CTEQ, la moyenne d’âge est de 38 ans. On voit des jeunes qui, par exemple, désirent reprendre l’entreprise familiale. Mais, il y a aussi des gens dans la cinquantaine qui ont le rêve de démarrer leur entreprise et qui passent à l’action. Ils ont l’expérience, l’argent et la maturité de gestion nécessaires. De plus, il existe plusieurs types de reprises. Au sein de la relève, l’approche collaborative est très importante. Il peut s’agir du fils qui reprend l’entreprise de son père, avec un membre du management et un partenaire financier. Les possibilités sont nombreuses.

Parlons du financement. Faut-il être « riche » pour reprendre une entreprise?
V.L. : Le financement est rarement un problème majeur. Cela peut sembler un gros investissement au départ, mais dès qu’on entre dans le dossier et qu’on analyse les chiffres, on s’aperçoit qu’on peut compter sur des actifs et des projections pour étoffer notre demande. En fait, l’institution financière est souvent plus à l’aise de financer une entreprise existante (avec un passé, des actifs et une équipe en place) qu’une entreprise en démarrage ou une start-up.

Au-delà de l’aspect financier, quel serait l’avantage principal?
V.L. : Le transfert d’une entreprise se fait à deux niveaux. Il y a le transfert de propriété, mais aussi celui de la gestion. Quand le repreneur est identifié tôt, on peut progressivement l’amener à faire ses armes de gestionnaire. On lui permet d’établir sa crédibilité auprès des employés. Le transfert est plus facile.

Le repreneuriat fonctionne-t-il bien avec la génération Y?
V.L. : Le repreneuriat convient tout particulièrement à la génération Y. En fait, les milléniaux ne semblent pas prêts à faire les mêmes sacrifices que la première génération du Québec inc., soit de prendre seul la responsabilité de tout mettre en place. Et surtout, la notion de conciliation travail-famille est au cœur de leurs priorités. Partager les tâches et les enjeux, c’est quelque chose qui leur vient naturellement. Le repreneuriat est l’occasion de créer des partenariats pour aller chercher aussi bien de l’expertise que du financement.

Même si elle n’a pas le même esprit de sacrifice, la nouvelle génération demeure-t-elle ambitieuse pour elle-même?
V.L. : Bien sûr! C’est par son approche collaborative qu’elle amène l’entreprise à un autre niveau. Car il ne faut pas oublier une chose : quand on parle de repreneuriat, on parle nécessairement de croissance. On cherche à assurer la pérennité de l’entreprise. Le but est de l’amener plus loin, en innovant, en développant de nouveaux marchés, etc.

Quelle part de liberté et de créativité reste-t-il dans ce contexte?
V.L. : Quand on rachète une entreprise, c’est sûr qu’on reprend ses produits et services. Mais dans 50 % des cas, ce qu’on observe, c’est que les repreneurs vont lancer de nouveaux produits et développer de nouveaux services. Pour assurer la croissance de l’entreprise, justement. L’aspect créatif est donc tout à fait présent.

Y a-t-il des précautions à prendre quand on s’embarque dans la reprise?
V.L. : Que l’on parle de démarrage ou de reprise, la première raison d’échec ou de faillite est toujours associée à un manque de compétence en gestion. Il faut donc savoir bien s’entourer à cet égard. Dans le cas d’une reprise, il y a également un défi de communication. Il faut être capable de transmettre sa vision et de mobiliser les employés dans la nouvelle direction à prendre.

Avez-vous un souhait pour le repreneuriat au Québec?
V.L. : Que les cédants fassent confiance à la nouvelle génération! Plusieurs doutent de la qualité de la relève et retardent leur départ… Il faut se rappeler que nous n’avons pas de tradition de repreneuriat au Québec. La première génération d’entrepreneurs au Québec est encore très active et hésite à passer le flambeau. À mon avis, avoir confiance dans la nouvelle génération, voilà ce qui aidera réellement le repreneuriat au Québec.

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Édité le 8 septembre 2017

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