Je n’ai pas l’ambition d’être patron

Je n’ai pas l’ambition d’être patron
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Si gravir les échelons est le cheminement de carrière classique, ce n’est pas la seule façon de progresser. Vous aimez votre profession et faire de la gestion ne vous attire pas ? Axez votre plan de carrière vers le développement de votre expertise.

Monter dans la hiérarchie, c’est le rêve de plusieurs. Mais certaines personnes se retrouvent gestionnaires alors qu’elles auraient préféré continuer à exercer leur profession. « En ce qui concerne le développement de carrière, la voie managériale est plus développée dans les entreprises que celle qui consiste à devenir un expert dans son domaine, constate Alain Gosselin, professeur et directeur de l’École des dirigeants HEC Montréal. Cela pousse beaucoup de gens vers la filière de gestion, surtout que c’est souvent le meilleur moyen d’obtenir une augmentation de salaire substantielle. »

Il faut toutefois se demander si les avantages financiers constituent une raison suffisante pour chercher à devenir gestionnaire. « Si vous n’êtes pas fait pour ça, vous risquez d’être malheureux comme les pierres », met en garde Lyne Talbot, coach de gestion pour dirigeants.

D’accord, mais y a-t-il un risque de mal paraître aux yeux de la direction si on renonce à monter en grade ? Cela dépend souvent de la culture d’entreprise. « L’important, c’est d’assumer pleinement son choix et d’être encore meilleur dans ce qu’on fait », soutient Lyne Talbot, ajoutant que devenir gestionnaire et ne pas remplir les attentes est encore plus nuisible à la réputation…

Dire ce qu’on veut

La clé, c’est d’agir en amont en exprimant ses aspirations à son supérieur. Par exemple, on lui explique comment on veut être utile à l’organisation et on discute de l’aide qu’on peut obtenir pour développer ses compétences.

Partager ses objectifs professionnels permet aussi d’éviter de se retrouver « accidentellement » pressenti pour une promotion. « La dernière chose que vous voulez, c’est d’avoir à refuser une promotion, dit Lyne Talbot. C’est inconfortable pour vous et c’est très décevant pour ceux qui ont soutenu votre candidature. »

La coach suggère cependant de garder une porte ouverte. « Évitez de dire que vous ne voudrez jamais d’un poste de direction, car vos besoins et vos objectifs peuvent changer dans le temps. Dites plutôt que ce n’est pas dans votre plan de carrière pour le moment. »

Témoignage d’une experte passionnée

Nersa W. Dorismond, chargée de projet à l’École nationale d’aérotechnique du Cégep Édouard-Montpetit, est une passionnée du contrôle de projets, une fonction qui consiste à assurer le suivi et le contrôle d’un projet de sa planification à sa clôture. Elle ne dit pas non à une éventuelle promotion verticale, mais sa priorité, c’est d’être reconnue comme une experte dans son domaine.

Elle a eu la piqûre pour la fonction de contrôleur de projets (PCO) lorsqu’elle était étudiante au baccalauréat en Informatique de gestion à l’Université du Québec à Montréal, à la fin des années 1990. Depuis, elle n’a jamais cessé de développer son expertise. « J’ai suivi des formations en ligne, j’ai fait beaucoup de lectures sur le sujet, j’ai eu un mentor et, bien sûr, j’ai été contrôleur pour des projets d’envergure, notamment chez Vidéotron », résume-t-elle.

Nersa Dorismond a aussi écrit, à compte d’auteur, le livre Le contrôleur de projets, qu’elle vend sur son site Internet personnel. Elle signe un blogue, elle donne des conférences et elle a même tenu une chronique sur la gestion de projets à la télévision communautaire de Laval. « Je veux que mon nom soit associé au PCO », lance celle qui gère en ce moment l’implantation d’un CRM chez son employeur.

Les bons gestes et la bonne attitude

À l’instar de Nersa, il faut être proactif pour développer et faire reconnaître son expertise. Mener un projet de recherche, se spécialiser dans un créneau pointu, s’engager dans son ordre professionnel, faire partie de comités et donner des formations sont autant de façons de figurer parmi les pros de son domaine. Tout cela implique évidemment de se tenir à la fine pointe des connaissances.

Parrainer ou coacher une recrue peut aussi faire briller, surtout dans un contexte où l’embauche, la formation et la rétention des talents sont des enjeux stratégiques pour les entreprises. Mais attention à l’attitude ! « Si vous avez un égo énorme, une approche condescendante et que vous avez tendance à étaler votre supériorité, ça ne marchera pas, dit Lyne Talbot. Il faut être bienveillant, savoir créer un climat de confiance, écouter et encourager. »

Quand on veut se positionner comme un expert auprès de son employeur, il faut également ajouter de la valeur. Ainsi, au fur et à mesure que votre expertise se développe, il devrait y avoir des bénéfices concrets pour l’entreprise. Yvane Le Dot, coach en marketing personnel et experte LinkedIn, conseille dans son blogue de définir « des actions et des projets qui maximisent l’utilisation de vos forces et contribuent à la croissance de l’entreprise ».

Pour cela, elle propose de se mettre dans la peau de son boss pour déterminer ses enjeux et trouver des façons de l’aider à réaliser ses objectifs, voire les dépasser. Il est donc impératif de se mettre en mode résolution de problèmes et de ne pas hésiter à proposer ses idées d’amélioration.

Transformer son expertise en dollars

En devenant un expert dans son domaine ou du moins en excellant dans ce qu’on fait, on devient de plus en plus essentiel à l’organisation. Cependant, « cela ne se traduit pas aussi bien sur le plan salarial que lorsqu’on monte dans la hiérarchie », remarque Alain Gosselin.

L’expertise et l’expérience peuvent tout de même se monnayer. Dans certaines entreprises, il est possible d’accéder à un poste de professionnel « senior » sans responsabilités de gestion, mais mieux rémunéré.

Sinon, il faut essayer de négocier une augmentation supérieure à la moyenne annuelle accordée par l’entreprise. On doit toutefois bien jouer ses cartes et faire valoir les bénéfices additionnels qu’on a générés depuis son dernier ajustement salarial. Le mieux, c’est d’arriver à la rencontre avec des faits et des résultats chiffrés. Noter tout au long de l’année ses réalisations et ses bons coups facilite cette préparation.

Choisir la voie de l’expertise comprend son lot d’avantages et de défis professionnels stimulants. Il s’agit surtout d’une décision que vous devriez prendre de façon décomplexée et confiante. Votre cheminement professionnel est entre vos mains ; à vous de le mener aussi loin qu’il vous plaira.

Édité le 31 août 2017

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