À quel rythme utiliser son épargne une fois arrivé à la retraite?

À quel rythme utiliser son épargne une fois arrivé à la retraite?
Pierre Laroche Particuliers, Planifier Particuliers, Planifier

Vous avez fait des sacrifices pour épargner afin qu’une fois arrivé à la retraite vous puissiez puiser dans cette cagnotte pour compléter les revenus tirés de votre régime de retraite (si vous en avez un) et des prestations gouvernementales (le RRQ et le PSV, par exemple).

Toutefois, à quel rythme devriez-vous puiser dans votre épargne?  Cette question est importante, car elle détermine votre niveau de vie pendant la retraite et est influencée par  votre risque de longévité (i.e. avec l’allongement de l’espérance de vie, les retraites durent de plus en plus longtemps et sont donc plus coûteuses à financer).

Il y a plusieurs façons de « décaisser son épargne ». Certains adoptent une approche « un mois à la fois », mais il est conseillé de plutôt opter pour une approche plus systématique, car elle permet de mieux connaître l’impact à long terme de votre rythme de décaissement.  Voici les trois principales approches systématiques au décaissement :

  1. Retirer un montant annuel initial qui est par la suite indexé à l’inflation (MII). Exemple : puiser 1 000 $ par mois et augmenter ce montant à tous les 12 mois selon l’inflation.
  2. Retirer un montant annuel fixe tout au long de la retraite (MAF). Exemple : puiser $1 300 par mois sans jamais changer.
  3. Retirer un certain pourcentage de la cagnotte tout au long de la retraite (PCT). Ce pourcentage peut demeurer fixe ou peut varier selon une formule simple. Une méthode populaire consiste à commencer avec un petit pourcentage (alors que le portefeuille vaut encore beaucoup) et augmenter ce pourcentage en cours de route.

Le tableau suivant compare les principales caractéristiques générales des trois approches :

approches epargne

Procédons à un exemple[1]. Au moment de prendre votre retraite, supposons que vous avez amassé une épargne de 560 000 $, que vous voulez utiliser pour les 25 prochaines années, afin de compléter vos prestations de retraite privées (si vous avez un fonds de pension d’employeur) et gouvernementales. Pour les approches 1 (MII) et 2 (MAF), nous pouvons calculer que les montants suivants font en sorte que, si les marchés évoluent en moyenne comme prévu, alors le solde de votre épargne sera d’environ 0 $ dans 25 ans:

  1. Montant annuel initial pleinement indexé à l’inflation: 23 244 $ (net d’impôts)
  2. Montant de la rente annuelle fixe: 28 442 $ (net d’impôts)

La troisième approche  (PCT) est plus difficile à calibrer, car il n’y a pas de règle pour déterminer l’évolution des pourcentages annuels. Certains proposent la formule suivante: retirer à chaque année un pourcentage égal à 1 / années restantes. Par exemple, au début de votre première année de retraite, vous retirez 4% de la valeur des épargnes (soit 1 / 25, car il reste 25 ans à votre plan de retraite), plus les intérêts et dividendes qui seront encaissés au cours de l’année. Comme pour les deux autres approches ci-dessus, cette formule implique que vous retirez 100% de ce qui reste la dernière année de votre retraite.

La Figure 1 montre l’évolution (en dollars courants à gauche et en dollars ajustés pour l’inflation à droite) des prélèvements annuels moyens (i.e. si à chaque année le portefeuille réalise son rendement moyen espéré) des trois approches sous étude. On voit que les approches  1 (MII) et 3 (% croissant) engendrent des retraits annuels moyens similaires qui sont plus bas au début (environ 23 000 $), mais qui deviennent plus élevés dans la deuxième moitié de la retraite (ils montent à environ 35 000 $) par rapport à l’approche  2 qui est fixe à 28 442 $. Cette dernière permet donc un meilleur train de vie au début, mais l’inflation en érode le pouvoir d’achat à la longue. Notons enfin que la rente annuelle du programme à pourcentage croissant (PCT) dépend de la valeur des placements en début d’année. Puisque les rendements du portefeuille varient d’une année à l’autre, cette approche va généralement occasionner des rentes annuelles plus variables d’une année à l’autre, ce qui peut rendre difficile l’établissement d’un mode de vie stable.

Figure 1 : Évolution des retraits annuels moyens selon les trois programmes sous étude

Évolution des retraits annuels moyens selon les trois programmes sous étude

Légende : Bleu: Montant initial indexé   /  Orange: Montant fixe   /   Gris: Pourcentage croissant

Quelle est la meilleure alternative? Tout dépend de l’évolution du style de vie que vous envisagez pendant votre retraite. L’approche du montant annuel fixe permet un plus gros train de vie au début, alors que certains voudront dépenser davantage (en voyages, par exemple) pour profiter du fait qu’ils sont habituellement encore en assez bonne forme. Toutefois, ce programme diminue le pouvoir d’achat à compter de la deuxième moitié de la retraite. Si des soins de santé additionnels sont requis au cours de cette période, le filet de sécurité sera alors moindre.

En fin de compte, il s’agit de bien réfléchir à vos objectifs, d’en discuter le cas échéant avec votre conjoint ou conjointe et de garder le cap sur l’approche avec laquelle vous êtes le ou la plus confortable. Bien sûr, une bonne dose de discipline aide à éviter les mauvaises surprises financières, mais il faut demeurer souple: trop de rigueur devient de la rigidité, ce qui est à éviter s’il survient des événements imprévus auxquels il faut savoir s’adapter.

[1] Note : cet exemple est fictif et constitue une simplification de la réalité. Il constitue néanmoins une représentation suffisamment fidèle de la réalité pour permettre de comprendre les enjeux discutés. Le détail de nos hypothèses de calcul est disponible sur demande auprès de [email protected]

Édité le 25 juillet 2017

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