Petit 3$ de moins l’heure, gros impact

Petit 3$ de moins l’heure, gros impact
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Les Québécoises gagnent en moyenne 3$ de moins l’heure que les Québécois chez les travailleurs à temps plein. Avec un taux horaire moyen d’un peu plus de 25$, c’est l’équivalent d’environ 90% du salaire des hommes qui gagnent près de 28$. L’écart est à la baisse. Mais, il persiste. Cela peut représenter une petite fortune au bout d’une carrière. Entrevue avec Laura O’Laughlin, économiste principale chez Groupe d’analyse et cofondatrice de l’Institut des générations.

Q Trois dollars l’heure de moins, à 40 heures par semaine, c’est une différence hebdomadaire de 120$ et de 6240$ au bout de l’année. L’impact est donc majeur sur le pouvoir d’achat, la qualité de vie et la capacité à épargner ?

R «Oui. Et comme nous sommes dans une société égalitaire, les couples ont tendance à séparer les dépenses moitié-moitié. Ça semble égalitaire, mais ce ne l’est pas si l’un des deux gagne moins. Cette personne s’appauvrit en accordant un plus gros pourcentage de son salaire aux dépenses du couple et elle ne peut pas mettre autant d’argent de côté.»

Q Comment explique-t-on ce 3$ de moins l’heure ?

R «Les femmes ont fait énormément de rattrapage pour se rapprocher du salaire des hommes, avec maintenant 11 cents de différence pour chaque dollar gagné. On est un peu mieux que l’Ontario et beaucoup mieux que la Saskatchewan et l’Alberta, où l’écart est à près de 30 cents. Mais, on n’est tout de même pas encore rendu à l’équité au Québec. Lorsqu’on regarde les facteurs qui peuvent expliquer cette différence, on réalise qu’il y en a un tiers qui n’est pas lié au sexe, comme l’éducation, l’industrie, l’expérience sur le marché du travail, etc. Mais, on n’arrive pas à expliquer 66% de l’écart autrement que par le sexe.»

Q Chez les jeunes diplômés universitaires, l’écart salarial est généralement très minime. Où cet écart se creuse-t-il exactement ?

R «Toutes les études disent que le moment critique est l’arrivée des enfants. On peut faire trois catégories de travailleurs en ce qui a trait au salaire : les hommes, les femmes sans enfants et les femmes avec enfants. Une étude a été faite avec les finissants du MBA à l’école de gestion de l’Université de Chicago. Une fois leur diplôme en poche, les hommes et les femmes avaient seulement un petit écart salarial. Par la suite, il augmentait. Les diplômées qui avaient décidé d’avoir une famille gagnaient presque la moitié du salaire des hommes, peu importe leur situation familiale. C’est certain toutefois qu’on parle ici de postes de gestion qui nécessitent généralement une présence au travail en suivant un horaire non flexible. Dans d’autres domaines, comme les sciences pures et les technologies, il y a plus de flexibilité et les salaires sont plus égalitaires entre les hommes et les femmes.»

Q Si on prend le taux horaire moyen de la femme, soit 25$ l’heure, à 40 heures par semaine, on arrive à 52 000$ annuellement. Avec 28$ chez l’homme, c’est plutôt 58 240$. Considérant 3% d’augmentation par année, pour la dixième année de travail, la femme gagne 67 849$ et l’homme 75 991$. Au cours de ces 10 années, c’est plus de 70 000$ de moins dans les poches de la femme. Le salaire négocié à l’entrée en poste joue donc également un rôle important dans l’écart salarial entre les hommes et les femmes ?

R «Tout à fait, parce que par la suite, c’est très difficile de rattraper l’écart avec les augmentations annuelles. Même lorsqu’on change d’employeur, on a tendance à rester dans les mêmes eaux. D’ailleurs, au Massachusetts, on vient d’interdire aux employeurs de demander aux candidats pour un poste le salaire qu’ils gagnaient dans leurs emplois précédents. L’objectif est d’arrêter de se baser sur l’historique salarial de quelqu’un pour lui faire une offre, mais de regarder sa vraie valeur maintenant.»

Q Faudrait-il également apprendre aux femmes à mieux négocier leur salaire ?

R «C’est plus complexe que ça, parce que les études montent aussi que les femmes qui négocient serré leur salaire sont mal perçues. Les femmes ont beaucoup fait déjà, notamment en matière d’éducation. Énormément de progrès a aussi été fait pour le soutien des familles. Je trouve intéressante la loi adoptée au Massachusetts. Tout comme celle au Québec pour atteindre la parité dans les conseils d’administration des sociétés d’État. Il pourrait être intéressant aussi d’exiger aux partis politiques de l’Assemblée nationale de présenter autant de candidates que de candidats. Je crois que nous avons beaucoup avancé en matière d’équité au Québec, mais il reste des changements sociétaux à réaliser.»

Édité le 22 décembre 2016

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